Cotignac - sommaire

1 - Le personnel communal au XVIIIe 2 - Les festivités au XVIe et XIXe 3 - Le temps des olivades 4 - L'olivier de Provence 5 - L'habitat troglodyte 6 - Le temps des moissons 7 - La route de la transhumance 8 - Le travail de la forêt 9 - Habitations et costumes des modestes 10 - L'alimentation des gens modestes 11 - Le travail du ver à soie 12 - Une maison de la charité 13 - Le quotidien des modestes 14 - Les filatures 15 - Le travail des tanneurs 16 - Louis Gérard (1733 - 1819) botaniste 17 - Jean Gérard et Léon Gérard 18 - La tradition de la lessive 19 - L'école publique au XIXe 20 - Les Blancs et Rouges 21 - Les vendanges au XVIIIe 22 - L'opération du grainage 23 - Le quotidien des bourgeois au XVIIIe 24 - Les personnalités locales 25 - L'église St-Pierre 26 - Liberté égalité fraternité au fronton 27 - Les tours Sarrasines 28 - L'année agricole au XVIIIe 29 - La chapelle St-Martin 30 - Glacière St-Martin 31 - L'apparition de la vierge 32 - La venue de Louis XIV 33 - L'apparition de St-Joseph

Le personnel communal au XVIIIe

Place de la mairie 1921

Le valet de ville

Le poste de valet de ville était attribué à un homme de confiance. Logé à l'hôtel de ville, il recevait, tous les trois ans, une tenue composée d'un manteau, d'un habit de drap, d'un chapeau brodé d'un galon d'argent (signe de sa fonction) et d'une paire de chaussures. Ses tâches étaient multiples : annoncer les réunions du conseil et les messages de l'administration, garde-chasse, garde-pêche, garde-champêtre (empêcher la divagation des troupeaux et les coupes sauvages de bois) garde des balances chez les commerçants pour éviter les fraudes, ou encore gardien du bâtiment de la mairie.

Le piéton

En 1783, la municipalité de Cotignac décide de créer le poste de “piéton”, c'est à dire messager à pied, dans le but de favoriser le développement du commerce. Jusqu'alors, la lenteur du courrier entraînait des difficultés dans les commandes de matières premières ou de produits finis. Le piéton était un messager choisi naturellement en fonction de son physique et de son endurance. Il n'était pas rare qu'il se rende régulièrement à Brignoles, à Draguignan ou à Barjols. Hélas, pour certains, l'effort consenti nécessitait une grande consommation de vin et il n'était pas rare que le bonhomme soit retrouvé endormi au pied d'un olivier. Le “piéton” recevait un salaire de 60 livres par an ainsi qu'une redingote de drap commun.

L'horloger

Pour les habitants de Cotignac, surtout les paysans, l'horloge jouait un rôle très important. Elle rythmait le déroulement des tâches quotidiennes. Le 11 juin 1781, la commune décide de créer le poste d'horloger chargé de veiller au bon fonctionnement de la mécanique. On le chargea également de réaliser trois cadrans solaires, en divers lieux du village, destinés à prendre le relais en cas de panne de l'horloge.

Le jardinier

A partir du XVIIIe siècle, il paraissait très important de montrer aux communes voisines, de même qu'aux visiteurs, une forme d'opulence qui participait à la réputation des lieux. Depuis la construction du Cours (Le Cours Gambetta aujourd'hui), un quartier bourgeois, la communauté avait engagé de nombreuses dépenses pour la décoration publique dont l'embauche pour 36 livres par an, d'un jardinier chargé d'entretenir les arbres et les jardins du cours. Il était la fierté des élites locales car très peu de village en possédait un. Cotignac pouvait se le permettre grâce à des ressources financières importantes pour l'époque, qui provenaient d'une économie diversifiée et de nombreux échanges commerciaux.

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Les festivités au XVIe et XIXe

Fête St Jean

Au Moyen-âge et à l'époque moderne, Cotignac, au même titre que tous les villages du royaume se devait de célébrer les fêtes imposées par la famille royale qui ordonnait à chaque occasion (mariages, naissances, guérisons, victoires...) l'organisation d'une fête plus ou moins longue selon l'événement. Bien sûr, les frais devaient être assumés par les finances locales.

La fête était un moment de détente apprécié par une population qui travaillait beaucoup, jusqu'à 15 heures par jour, aux champs, dans les manufactures ou les ateliers d'artisans. Elle était attendue avec impatience même si elle s'achevait régulièrement en affrontement violent. Les autorités locales ont du y mettre bon ordre suite aux nombreux dégâts matériels occasionnés par les rixes. A chaque fête, le conseil nommait un “capitaine” chargé de s'entourer d'un groupe de personnes appelé “compagnie” avec mission d'organiser la manifestation et de veiller à éteindre les foyers de dispute à même de dégénérer. C'est en août 1583 que sera célébrée la première fête officielle de Notre-Dame des Grâces avec messe, procession, jeux, repas et une quantité de vin limitée.

De plus, A Cotignac, comme dans tous les village de Provence, la jeunesse exigeait, sous le nom de «pelote», une somme d'argent des nouveaux époux, dans le cas où l'un des deux venait d'un autre village. 15 siècles auparavant, les jeunes gens d'Athènes levaient une rétribution identique sur ceux de leurs concitoyens qui allaient se marier en pays étranger.

On peut citer Mardi gras et son carnaval, la St-Joseph associée au retour de la vie au champs, la fête de maye autour des jeunes filles à marier, les feux de la St-Jean, symboles de purification, la treille de la St-Jean contre les sortilèges, la fête patronale du saint protecteur, le fête des bûcherons et bien sûr celles autour de noël.

Dans le détail

Mardi gras

La jeunesse locale était le moteur de ces fêtes carnavalesques. Les jeunes hommes se travestissaient avec des vêtements de femmes et faisaient la quête dans toutes les maisons. A Cotignac, on les appelait agassoun (jeunes pies). Leur tête passée entre les barreaux d'une échelle, ils faisaient une quête bruyante, munis d'un pot de chambre, dans lequel les habitants versaient du vin. Ils poursuivaient leur journée jusqu'à ce que l'ivresse l'emporte.

La St-Joseph, le 19 mars

C'était une grande foire associée au retour symbolique de la vie dans les champs et dans les bois. La manifestation se déroulait à la chapelle St-Joseph, bâtie sur les lieux de l'apparition. Elle débutait par une messe de plein air à laquelle n'assistaient que les femmes, les enfants et les pèlerins venus d'ailleurs. Les hommes s’arrêtaient à une centaine de mètres de là pour discuter en suivant de loin la cérémonie religieuse. Celle-ci terminée, tout le monde se retrouvait pour un déjeuner sur l'herbe. L'un des éléments essentiels de ce repas était le radis du jardin potager, annonciateur du printemps. Il était accompagné par les charcuteries fabriquées durant l'hiver. Après le repas, avait lieu le premier concours de boules de l'année, tandis que les «jeunes amoureux» se perdaient dans les bois sur le chemin du retour.

Fête de la maye

Dans toute la Provence, le premier jour de mai, on promenait une fille vierge parée de fleurs. Un reste des fêtes romaines de Vénus, particulièrement appréciées des Provençaux.

Le mas de Mai

Le 30 avril, veille du mois de mai qui est consacré à la vierge, les jeunes filles étaient mises à l'honneur. Les garçons en âge de se marier déposaient des fleurs devant leur porte, avec tout un code végétal pour exprimer les sentiments. Durant cette nuit, les hommes élevaient un grand mas sur la place du village, symbole de renouveau.

Treille de la Saint-Jean

Le peuple faisait cuire des gousses d'ail dans les feux allumés le soir dans les rues. Elles étaient, par la suite, distribuées dans les familles. L'ail était à Rome un aliment qui préservait contre les sortilèges et les imprécations. Les feux de la St-Jean servaient donc à cuire l'ail.

Le feu de la St-Jean

Quelques jours après le solstice d'été, la population procédait à une cérémonie de purification par le feu. Chacun brûlait ce dont il souhaitait se débarrasser (vieux meubles, paniers troués, fagots vermoulus, cabanes des magnaneries....). Des feux étaient allumés sur toutes les places de Cotignac le soir du 23 et la population dansait tard dans la nuit. Les anciens qui connaissaient les vertus protectrices des «herbes de la St-Jean» offraient aux plus jeunes des bouquets ramassés très tôt le matin, car la rosée de la St-Jean était connue pour renforcer leurs bienfaits.

Fêtes patronales

Chaque village célèbre une fois par an son saint-patron, c'est le cas depuis le Moyen-âge. Une journée festive à la laquelle toute la population participait. Après la célébration d'une messe et d'une procession, les participants passaient à table pour quelques heures. L'après-midi, les hommes pratiquaient les jeux de boule et de paume. Les femmes préféraient la danse comme la farandole. Dans la danse provençale, le cercle symbolisait le cours de la vie : le début et la fin, la naissance et la mort, l'origine et l'éternité. Ce cercle formait le serpent qui se mord la queue, l'Ouroboros. Un héritage de la mythologie grecque.

La fête des bûcherons

Dans les premiers jours de mai, les bûcherons avaient l'habitude de célébrer par une fête, la fin de leur saison d'hiver, avant de remonter travailler dans les Alpes. A cette occasion, ils dépensaient une bonne partie de l'argent gagné à la coupe. La population participait rarement à ses réunions «d'immigrés aux mœurs assez rudes». Avant de quitter le village, les bûcherons ne manquaient jamais de tailler les arbres qui ornaient le Cours, une sorte de reconnaissance envers ceux qui les ont embauchés.

Fêtes de Noël

Noël est, aujourd'hui encore, le grand jour des réunions de famille par excellence. De longs voyages étaient jadis entrepris pour y assister. C'était aussi le jour de la profusion, les plus pauvres s'imposaient des privations durant plusieurs mois dans le but de célébrer la nativité avec le plus de somptuosité possible, autour du "gros souper". Les détails plus bas.

Le cacho-fio

Tradition de noël, le cacho-fio était une grosse bûche d'arbre fruitier, bénite par l’aïeul et par le benjamin de la famille. Ensemble, tenant la bûche chacun à un bout, ils faisaient trois fois (symbole de la Trinité) le tour de la table avant de la mettre dans la cheminée, l'aïeul l'arrosait d'un verre de vin cuit en prononçant les paroles suivantes «Allégresse, allégresse ! Mes beaux enfants. Avec Noël tout bien vient, Dieu nous fasse la grâce de voir l'an qui vient. Et, si nous ne sommes pas plus, que nous ne soyons pas moins». Elle brûlait pendant 3 jours et 3 nuits et les cendres étaient précieusement conservées. Cette bûche est devenue une pâtisserie appréciée par tous les gourmands.

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Le temps des olivades

Récolte des olives

En face de vous, des pressoirs à olives qui se trouvaient dans le moulin devenu Hôtel de Ville. Le pays de Cotignac, était un haut lieu de la culture des olives. Depuis les Romains jusqu’aux années 50, la cueillette s’étalait sur trois à quatre mois. C’était un temps fort du cycle annuel, surtout parce qu’elle demandait beaucoup de bras, ou plutôt beaucoup de doigts. Les varois récoltaient traditionnellement à la main (On passe les rameaux entre les doigts, à la façon d’un peigne, puis on les dépose dans un panier, un gorbeletto, attaché sur le ventre par un ceinture).

Ce travail collectif réunissait femmes, hommes, amis, voisins, jeunes et moins jeunes. La rentabilité des olives ne permettait que très rarement l’embauche de salariés, contrairement aux vendanges. La cueillette était l’un des rares moments de l’année où l’on pouvait parler d’entraide et les gens qui y participaient étaient généralement payés en huile ou en travail en retour. Un cueilleur récoltait de 60 à 120 kilos d’olives par jour (100 kilos d’olives représentaient 15 litres d’huile).

Les olives étaient d’abord concassées puis broyées par le moulin. La pâte obtenue chargée sur des nattes rondes et tressées que l’on entassaient les unes sur les autres. On procédait d’abord à une pression à froid dont on retirait la meilleure huile. Elle était recueillie dans des récipients aux ¾ remplis d’eau. On écumait cette huile à l’aide d’une casso. Les moulins étaient actionnés par l’eau lorsqu'elle était présente ou par des mulets. Ils fonctionnaient généralement 24h/24h. Les équipes se relayaient toutes les 8 heures.

Des témoignages de cette joyeuse ambiance qui régnait au moulin, existent encore. L’un d’entre eux rapporte qu’il existait dans plusieurs moulins de Cotignac et des alentours, une sorte de confrérie officieuse appelée « Le cercle des Boucs » du nom des peaux de boucs retournées dans lesquelles on livrait l’huile aux propriétaires.

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Le travail au moulin

Les olives sont d’abord vert tendre, puis du vert plus soutenu, elles passent au violet à l’automne et au noir en hiver «A la Sainte Catherine, le 25 novembre, l’huile est dans le fruit». De novembre jusqu’en février, c’est le temps de la récolte des olives à huile. Les contraintes sont cependant importantes car les olives doivent arriver intactes au pressoir où elles sont triées pour éliminer feuilles et brindilles, lavées à l’eau froide, versées dans la cuve par une conduite en bois, puis broyées et recueillies par une ouverture à la base de la cuve : c’est la pâte des grignons.

On remplit ensuite les scourtins (sortes de disques en fibre naturelle) qui vont servir à la fois d'armature et de filtre lors de la pression. On les empile dans les « chapelles » des presses à bras. Le moulinier serre alors la vis du pressoir à l’aide d’une barre de manœuvre en bois : l’huile de première pression s’écoulera dans un bac. Les scourtins sont vidés, les grignons entreposés pour être traités en farine qui sera vendue aux boulangers qui l’utilise pour le fleurage de leurs pelles à pain. L’huile s’écoulera dans différents bacs de décantation. Mélangée à l’eau, l’huile, plus légère, sera recueillie « à la feuille » et entreposée dans des jarres. Au dernier bac (« les enfers ») l’eau encore grasse mais impropre à la consommation sera destinée aux savonnerie de Marseille, c’est la resence.

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L'olivier de Provence

Le travail au moulin

Depuis des millénaires, l’olivier fait partie intégrante du patrimoine méditerranéen. Sa culture se confond avec l’histoire et le paysage du bassin, où il trouve ses origines. Grâce aux progrès de la navigation et aux conquêtes, surtout sous l’empire Romain, les plantations foisonnent, le commerce de l’huile d’olive se développe et on construit de nombreux moulins sur tout le pourtour du bassin méditerranéen où l’olivier devient le symbole de la modernité économique.

L’olivier exige des températures douces. Cotignac lui procure un bel écrin. Si un coup de froid est nécessaire à une bonne fructification, une chute violente de température peut lui être fatale. Il s’accommode de terrains ingrats, pierreux, calcaires et secs. Ses racines plongent profondément dans le sol pour chercher l’eau. Des soins spécifiques peuvent améliorer son rendement. La taille est primordiale. La taille de formation donne à l’arbre sa forme et son ampleur, la taille de fructification élimine les branches inutiles.

Après une taille bien conduite, les nouvelles pousses apparaissent en avril. Jusqu’en juin, selon les terroirs, c’est la floraison. Les grappes de fleurs blanches vont éclore mais seulement cinq fleurs sur cent donneront un fruit : l’olive. Suite à cela, commence, pour les fleurs fécondes, la nouaison, (c’est-à-dire le moment où le noyau du fruit durcit peu à peu). La pulpe du fruit, appelée « drupe », devient charnue. Il est temps de le ramasser.

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Les bienfaits de l’huile d’olive

Les usages de l’« oléum » sont innombrables dans les domaines de la santé et de la beauté depuis la plus haute antiquité. Elle seule pouvait alors conserver la brillance des cheveux, lutter contre les rides du visage, entretenir l’élasticité des muscles des athlètes, adoucir la peau, rafraîchir le teint … Pline l’ancien (23 / 79) parle même d’une variété d’huile qui guérissait les gencives douloureuses et blanchissait les dents. Elle a été longtemps utilisée dans de nombreuses préparations pharmaceutiques comme médicament préventif pour de nombreuses maladies. Aujourd’hui encore, certaines mamans n’hésitent pas à l’appliquer sur la peau des enfants pour favoriser la cicatrisation. On peut de plus l’aromatiser de diverses manières pour le plaisir de la bouche, ce qui constitue une aromathérapie douce. Ainsi, l’huile à l’ail combat l’asthme, les affections pulmonaires et l’hypertension, l’huile à l’oignon est préconisée dans le traitement du diabète, des diarrhées et des rhumatismes, l’huile au thym pour la grippe, les courbatures et les infections intestinales, l’huile au citron pour l’artériosclérose et les infections urinaires, l’huile à l’estragon pour les problèmes de digestion et d’aérophagie, l’huile au romarin pour le cholestérol, l’huile au basilic ou à la sarriette est utilisée contre le stress et la fatigue intellectuelle…

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L'habitat troglodyte

Grottes

Un premier village, dont on date la présence dès l’époque féodale, était installé au sommet de cette barre rocheuse face à vous, au lieu-dit Saint-Martin (Etapes 29 et 30), hameau qui existe encore aujourd’hui. A partir des années 1000, un deuxième village a vu le jour et en 1032, un château (petit castrum de 24 mètres de long, sur 8 de large et 14 de hauteur) a été construit à proximité. On ne peut dénombrer la population de l’époque. On sait seulement qu’en 1266, le nombre d’habitants était devenu assez important pour construire le bâtiment Saint-Pierre, l’église actuelle.

Au milieu de ce rocher, une fortification a été construite, ainsi que deux tours dites «sarrasines» ou «de gué» qui le surplombent, afin de pouvoir scruter l’horizon. Elles ne présentent aucune entrée par la base. Certains voient dans cette construction une stratégie de défense évidente. L’histoire raconte qu’elles étaient reliées au rocher et qu’on y descendait par des passages secrets.

Avant la dernière période glacière, entre 110 000 à 10 000 ans en arrière, la Cassole franchissait en cascades plus ou moins mobiles, un promontoire de calcaire. Des dépôts de tuf ont enrobé peu à peu l'escarpement. Les surplombs ainsi créés sont à l'origine des grottes. Grottes qui, par la suite, se sont parées de stalactites et de stalagmites, grâce aux infiltrations du cours d'eau. Après l'époque romaine, les grandes invasions ont mis la Provence à feu et à sang. Les habitants du village, alors installés à St-Martin, ont cherché à se protéger. Le village a glissé au pied de la barre rocheuse afin de pouvoir trouver refuge dans les grottes qui ont été aménagées pour accueillir les habitants, leurs bagages, les réserves de nourriture et le bétail.

Le Rocher en 1910

 

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Ce rocher et ses habitations troglodytiques servaient de cachette pour les habitants, leurs troupeaux et leurs vivres pendant les périodes d’invasions. On sait d’ailleurs qu’il existait une grotte assez grande pour contenir tous les habitants et leurs troupeaux quand il fallait se cacher. Il reste encore des vestiges des travaux effectués par l’Homme afin d’aménager ces espaces : creusement du tuf, chaux sur les murs pour éviter l’humidité, construction de terrasses, de foyers, de potagers, d’escaliers… D’autres cavités, au pied du rocher, servaient également d’abris pour les animaux : loges à cochons, à foin … et l’on peut voir encore des morceaux de mangeoires, de râteliers, de pigeonniers…

Par ailleurs, le rocher a été jusqu’à la fin du XIXe siècle, une carrière très active. Pour construire le village actuel, on creusait la roche pour en extraire des pierres et on comblait des caves avec les gravats qui ne servaient plus. Le nombre de cavités a donc évolué au cours du temps, selon les usages que l’on en faisait. A partir du XIVe siècle, une vie et une activité économique se sont développées autour de ce rocher. L’hospice de la charité a été installé ici en 1314, puis des moulins à farine accolés au rocher, fonctionnaient grâce à l’eau de la Cassole. En 1897, l’usine hydroélectrique permit au village de se fournir en électricité. Cotignac a été l'un des premiers villages de la région à être électrifié.

Troglodytes, explication

Les Troglodytes étaient un peuple qui se situait au Sud-ouest de l’Egypte et au Sud de la Libye. Ils vivaient dans les infractuosités des rochers. Il s’agit sans doute des ancêtres des Toubous, une population pratiquant le pastoralisme et le nomadisme dans le Sahara oriental. Selon Hérodote (480 / 425 avant JC), les Ethiopiens troglodytes étaient les plus rapides à la course à pied. Ils mangeaient des lézards et autres reptiles. Leur langue ressemblait à des cris aigus. Il s’agissait de nomades gouvernés par des chefs particuliers et la communauté des femmes et des enfants est établie parmi eux. Celui qui commettait un adultère avec la femme d’un chef était condamné à une amende évaluée à un mouton. Les femmes se faisaient belles et se peignaient soigneusement avec de l’antimoine (un métalloïde polymorphe, pourtant toxique et cancérigène), s’entourant le cou de coquillages qui les protégeaient contre les maléfices.

Diodore de Sicile (90 / 30 avant JC) et Pline l’ancien (23 / 79) en parlent aussi. Le premier mentionne un peuple qui résidait dans le désert de Nubie. Il s’agirait d’Ethiopiens faisant commerce sur la côte, buvant le lait des chiennes et chassant les troupeaux de bœufs sauvages. D’autres hommes eux, se nourrissent de poisson cru, ne font de commerce avec personne, ne connaissent pas la violence et vivent au milieu de colonies de phoques. Enfin il parle aussi des Troglodytes, nomades pasteurs vivant dans les régions désertiques et semi désertiques à l’Ouest du Nil. Leur richesse est constituée de troupeaux de bœufs. D'esprit très belliqueux, ils forment des clans rivaux qui se battent autour des points d’eau pour en prendre le contrôle. Très habiles dans le maniement de l’arc et jet de pierre qu’ils apprennent dès l’enfance. Diodore nous raconte encore qu’ils enterrent leurs morts en riant sous un monticule de pierre.

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Le temps des moissons

Moissons

Si la vigne et l'olivier couvrent aujourd'hui la plaine agricole qui s'étend à vos pieds, du Moyen-âge jusqu'au XVIIIe siècle, le pain était la nourriture essentielle des habitants. Les céréales couvraient la majeure partie des terres arables. L’état estival était celui du mûrissement et des récoltes. Les paysans cueillaient les fruits du travail du reste de l’année. En ses temps reculés, la campagne faisait souvent appel aux bras de tous et même aux saisonniers venus des Alpes.

Le temps des moissons comme celui des olives ou des vendanges était un moment très important de la vie sociale. Les journées étaient bien longues dans les champs et sur les aires à battre. Un travail physiquement très pénible, des heures brûlantes et poussiéreuses, mais aussi la rosée matinale, des repas collectifs, de l’entraide entre villageois.

A Cotignac, on commençait à moissonner vers la mi-juillet. Les équipes étaient généralement constituées d’un homme qui coupait à l’aide d’une grande faucille (oulame) et de deux personnes, femmes ou enfants de 10 à 15 ans, qui ramassaient et liaient les gerbes.

La journée débutait au lever du jour, avec une première pause à 9 heures pour le déjeuner et une deuxième vers 13 heures pour le dîner. Celui-ci était suivi d’une courte sieste d’environ une heure. Nouvelle pause vers 17 heures, les moissonneurs mangeaient une salade aux croûtons d’ail, avec des tomates et des oignons crus, accompagnée d’une omelette froide. Après quoi, le travail reprenait jusqu’à la tombée de la nuit. Le retour se faisait vers 21 heures avec un souper rapide et un bon lit. Si durant le reste de l’année, la viande était un plat relativement exceptionnel, durant les moissons, on en consommait davantage.

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Le battage du grain

Battage en 1908

Le travail de battage ne commençait pas avant que le soleil ait chassé toute trace d’humidité matinale. Souvenirs de Célestin Graille en 1848 «En attendant, on taquinait la truite dans les trous d’eau de la Cassole ……le patron appelait sa troupe, alors on faisait tourner les bêtes dessus…..une bonne demi heure, toujours du même côté d’ailleurs. Quand le grain était tombé, on faisait passer la paille avec une fourche. Il fallait être un peu du métier, mais enfin….. les hommes, nous, on tirait la paille dessus, les bêtes continuaient à tourner…Quand la paille était assez fine, on levait tout pour enlever la grosse paille qui montait au vent. C’est pour ça que toutes les aires de battage étaient situées pour qu’il y ait un peu de vent l’après-midi. Après on tirait avec un genre de râteau au bord et on balayait avec un balai en bruyère, ça racle bien et puis la nuit, il fallait venter et nettoyer, parce qu’il n’y a pas de vent…»

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La route de la transhumance

La transhumance

Les routes de la transhumance sont bien connues, aujourd'hui encore. Les ancêtres ont laissé des colonnes de pierres (quiéto) pour indiquer le chemin. Pendant des siècles, les pavés crayonneux ont été foulés par des millions de bêtes, d’hommes, de chiens et de charrettes (carretoun). Pour que tout se passe au mieux, plusieurs particuliers réunissaient leurs troupeaux, tous marqués au crayon gras (boli). Ces associations se composaient de dix à vingt mille bêtes, suivant l’étendue des pâturages (pra), dont elles étaient assurées d’avance.

Le convoyeur de troupeaux doit à la fois, soigner et faire profiter les animaux qui lui sont confiés, les garder et les surveiller pour limiter les pertes (chutes, maladies, accidents divers). Il est aussi responsable des lieux qu’il occupe, il doit entretenir l’estive, voire même l’améliorer par des rotations de pacage, par des déplacements calculés et tenter une gestion en accord avec l’écosystème.

Le berger était assisté dans ses travaux par un ou plusieurs chiens. Ceux destinés au travail (le berger Labrit et le Border Collie) et ceux qui s'occupaient de la garde comme le Montagne des Pyrénées, une arme redoutable contre les loups. Chaque troupeau était administré par un chef désigné sous le nom de bayle avec un adjoint et un berger pour 300 bêtes. Les troupeaux se suivaient à quelques journées de distance, et prenaient la plupart du temps des routes différentes pour aboutir au même endroit.

Au fil des semaines, les troupeaux montent de plus en plus haut dans les alpages, jusqu’à 2500 mètres. La montagne est alors presque nue, les abris se situent dans la roche. Ils changent de site trois ou quatre fois, puis se préparent à redescendre. Vers la fin septembre, la transhumance s’inverse. C’est le grand retour, les premières neiges touchent les sommets.

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Le convoi

En tête la fanfare avec les béliers, porteurs d’énormes sonnailles (sounaio) suspendues à leur cou par un collier de bois (chambis). Ils précèdent et guident les troupeaux. Les moutons sont fidèles à la légende, celle de Panurge. Ils marchent serrés les uns contre les autres. Ils ont l’esprit de groupe. Solitaires, ils ne sont capables de rien. Au-dessus de cette marée bêlante, s’élèvent les bergers vêtus d’une large pèlerine, un chapeau retourné à la manière des bûcherons piémontais et un long bâton ferré qui leur sert à stimuler les traînards. A leurs côtés, voyagent les fils (pastrilloun) qu’ils instruisent dans l’art de conduire et d’élever les troupeaux. Dès que les enfants ont atteint l’âge de huit ans, ils font la route à pied et commencent leur carrière, en se rendant utiles auprès de leur père ou de leur oncle.

Les chiens accomplissent leurs missions avec bravoure. Pendant le voyage, ils courent sans cesse d’un bout à l’autre du convoi. Leur mission est d’empêcher les rêveurs de s’écarter, attirés par une touffe d’herbe tendre, et ceux qui, plus âgés ou plus fragiles, traînent en arrière. Ils interprètent et exécutent les ordres de leur maître, parfois même anticipent ses propres mouvements. A savoir tout ce qu’ils jugent nécessaire pour régulariser où accélérer la marche. Les bêtes leurs sont toutes dévouées. Les aboiements sont des métronomes sur lesquels elles calquent leurs comportements.

Le travail du bayle

L’un des bayles est élu pour assumer la direction générale du déplacement. Il est aussi garant des finances. Une responsabilité qu’il délègue à un Escrivan chargé de tenir les écritures et le porte-monnaie. L’Escrivan est aussi en quelque sorte l’ambassadeur du cortège. Il se rend auprès des propriétaires terriens chez qui va se faire la couchée du soir. Ensemble, ils déterminent les mesures à prendre pour limiter les dégâts et par la suite, ils règlent les indemnités en cas de désordres ou de nuisances.

Avant le départ du matin, les propriétaires viennent percevoir leur loyer, une portion de lait des brebis qu’ils transforment aussitôt en fromages. Ils profitent également du crottin (migoun) qui demeure sur la prairie sur laquelle parquent les troupeaux. Les bergers, quant à eux, reçoivent un peu de vin (vinasso) bien apprécié durant l’étape suivante. Le déjeuner reste très uniforme. Il se compose de tartines grillées (roustido), d’une omelette au lard ou au jambon et de fruits ramassés durant le voyage. Par temps de pluie, ils se régalent d’une fricassée d’escargots (cacalaus) après quelques jours de jeune.

Le quotidien des bergers

Le temps s’écoule lentement au rythme des sonnailles (clavellas). Les jours ressemblent aux nuits et rien ne vient troubler la quiétude tant appréciée par les hommes. Ils passent des heures à regarder au loin, des heures de silence entrecoupées par les repas composés simplement de salades sauvages (fero), de pain et de lait. Ils y joignent parfois un peu de viande ou de lard, une portion de légumes, c’est pour eux un régal extraordinaire. L’un d’entre eux, une fois par semaine descend s’approvisionner dans les villages voisins.

Ces hommes jouissent en général d’une bonne santé. Ils sont jeunes et vigoureux, leur peau est tannée par un soleil de plomb. Le visage quadrillé de rides, manifestation de la rudesse des épreuves qu’ils doivent surmonter. Rarement malades, malgré des conditions alimentaires et d’hygiène précaires, ils souffrent cependant d’inflammations de poitrine, parfois mortelles. En gardant leurs troupeaux, ils s’occupent quelquefois à réaliser des jarretières ou des cordons de laine dont les couleurs sont mélangées avec goût. Durant la route, leur principale distraction consiste à interpréter des airs monotones sur de petites flûtes à six trous.

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Le travail de la forêt

Préparation du charbon de bois

Du XVIIe au début du XXe siècle, la grande forêt autour du village était le domaine des bûcherons et des charbonniers. L’hiver on coupait le bois, celui destiné au chauffage domestique de l’hiver suivant et celui utilisé pour réaliser les charbonnières. Les entrepreneurs forestiers embauchaient des bouscatiers qui se louaient pour quelques mois. Besogneux à la tâche, ils menaient une vie extrêmement rude. Ils logeait dans de vieilles granges ou des abris sommaires sur les lieux de leur travail.

Rude parce que le milieu où ils évoluaient restait très primitif. Impossible pour eux de se laver, à part le visage sur le mince filet d’une source. Ils ne changeaient de linge qu'une fois par mois. On peut imaginer l’atmosphère qui règnait dans les cabanons surchauffés au vin rouge, sans aucune intimité possible. Jour après jour, la sueur, la poussière dégagées par les charbonnières, la boue, s’accumulaient jusqu’à former une croûte sur les vêtements et même sur la peau. Pourtant, ils étaient nombreux chaque saison, à venir parfois de loin, avec pour seul bagage un petit baluchon rempli de guêtres et de pain noir. Certains d'entre eux venaient d'Italie par des chemins dangereux. Un voyage long et risqué qui se soldait, la plupart du temps par un renoncement. Ils s’installaient alors dans le pays ou l’épuisement les contraingnait à sacrifier leur semblant de rêve.

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Le travail dans le détail

Dans un premier temps, ils devaient faucher et brûler les nombreux épineux qui caractérisent la garrigue provençale. Celui que l’on appelle le mort-bois, c’est à dire les arbustes inutilisables. Cette opération achevée, ils abattaient à la hache le taillis, les touffes de vingt ans d'âge qui servaient au bois de chauffage. Les perches les plus droites étaient taillées en forme de piquets pour les vignes et les jardins potagers. Les branches servaient à la confection de fagots ou de bourrées pour le chauffage des fours. Les usines, encore nombreuses le long de la Cassole (briqueterie, four à cade, moulin à plâtre, papeterie, tannerie…) étaient consommatrices de bois. L'abattage des chênes les plus anciens se faisait au passe-partout, une grande scie manœuvrée par deux hommes. Une tâche bien rude qui forçait le respect. Rude, d’abord par le travail nécessitait une condition physique exceptionnelle. Rares étaient les hommes qui tenaient la cadence une saison toute entière. D’ailleurs le contremaître alternait les besognes pour conserver une équipe performante. Les propriétaires n'étaient que très peu conscients de cela. Ils savaient que la main d’œuvre était nombreuse et n’hésitaient à pas à écarter celui qui faisait preuve de la moindre faiblesse.

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Habitations et costumes des modestes

Cotignac 1904

Les habitations (XVIIIe et XIXe)

La plupart des habitations de cette époque étaient construites en pierres brutes, revêtues a l'extérieur et à l'intérieur d'une couche de plâtre. Les toitures étaient en tuiles creuses et pavées, les planchers en carreaux de terre cuite. Leurs ouvertures étaient étroites et peu nombreuses pour éviter les pertes de chaleur. De la Révolution jusqu'en 1926, date de sa suppression, l'état percevait un impôt sur la taille des ouvertures. Un impôt qui existait déjà sous les Romains. Cette taxe engendrait la construction de logements insalubres, sombres et mal aérés.

Le vieux village de Cotignac était blotti contre la falaise, sorte de muraille naturelle qui le préservait non seulement des prédateurs, mais aussi du Mistral. Ses ruelles étaient étroites et sinueuses, les maisons blotties les unes contre les autres avec une grange au rez-de-chaussée et une pièce par étage. Les centres de vie étaient l'église confiée à la garde d'un pieu ermite, la place et le lavoir. L'accroissement du nombre des maisons était un indice de la prospérité du pays.

A l'image de celle décrite dans les œuvres de Marcel Pagnol (La gloire de mon père), la plaine de Cotignac comptait plusieurs bastides où les propriétaires venaient passer quelques semaines dans l'année. Déjà, à cette époque, le charme des lieux ne faisait aucun doute. Ces bastides possédaient une treille, avec un jardin d'agrément entouré d'arbres et de fleurs. Leur situation sur des coteaux et des points élevés les préservaient de toute insalubrité tout en assurant un point de vue magnifique.

Les costumes (XVIIIe et XIXe)

Au quotidien, les artisans portaient veste, pantalon et gilet, des guêtres de peau de mouton ou de veau, graissées avec du saindoux, et des souliers ferrés. L'habit ordinaire du paysan se composait d'une veste, d'un pantalon et gilet de drap grossier, de guêtres de peau de mouton ou de veau et de souliers forts. Les uns comme les autres changeaient de linge toutes les semaines et couchaient au grenier à foin jusqu'au mariage. Dés lors le lit était constitué de deux bancs de bois, de quelques planches, de deux draps de lit et d'une couverture de laine. Les femmes portaient deux jupes et deux corsets de drap, un fichu de toile, une coiffe de toile garnie de dentelles et un chapeau de paille ou de feutre bordé de velours, des bas de laine tricotés, presque toujours rapiécés avec du drap et des souliers ferrés.

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L'alimentation des gens modestes

Le travail du potager

L'ouvrier mangeait du pain de froment. Il prenait trois repas quotidiens. Il dînait le matin avec une soupe à l'huile et des légumes frais ou secs, il goûtait au milieu de la journée avec du fromage, des fruits secs, des oignons ou de l'ail et son souper ressemblait au dîner, une fois le travail terminé, après le coucher du soleil. Il ne se permettait la viande qu'une ou deux fois la semaine, sauf lorsqu'il était malade. Il buvait une pinte (environ 2 litres et demi) de vin chaque jour. Le paysan vivait comme le ménager, lorsque sa situation le lui permettait, et mangeait à chaque repas du pain de froment. En cas de disette, il n'avait d'autre choix que le pain d'orge, de seigle ou d'épeautre. Le paysan le plus pauvre se contentait d'une soupe une fois par jour.

Le pain, dont la consommation était énorme en milieu rural, servait avant tout à tremper dans une soupe composée de racines (raves, navets et carottes) et autres produits du potager (pois chiches, lentilles, fèves et haricots). Les jours gras quelques morceaux de viande agrémentaient cette soupe. L'apparition de la tomate allait bouleverser les habitudes alimentaires provençales. Elle était consommée sous forme de coulis. Dès le XVIIe siècle, les champignons devenaient la nourriture quasi exclusive au cours de l'automne. Ils étaient frits dans l'huile avec une pousse de poirier pour «contrecarrer le côté vénéneux de certaines variétés». Les escargots restaient également très appréciés. Ils étaient ramassés au moment des moissons puis accommodés, après avoir jeûné, dans un bouillon de cuisson composé de fenouil, de menthe sauvage et autres herbes aromatiques. Ils se consommaient accompagnés d'un aïoli avec des pommes de terre et des carottes.

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Chasse et pêche

Un bon repas après la chasse

Le paysan provençal était un amateur de petits oiseaux. Il les chassait soit au poste, (Une cabane en feuillage en imitant le cri de l'oiseau), soit au piège appâté par une fourmi ailée. Toutes les espèces étaient chassées : tourterelle, perdrix, grive, merle, caille, sarcelle, macreuse, canard, pluvier, courlis. La chasse au lapin, lièvre et autre sanglier était moins courue. La pêche en rivière était très appréciée, mais elle demandait beaucoup de temps libre. L'abondance des prises obligeait à confectionner une sorte de « confiture de poisson », dont la Poutargue de Martigues et le Caviar d'Arles restent les témoins. Autre type de conservation avec la moutounesse, qui permettait de conserver la viande des ovins blessés par chutes, par attaque de loups, ou encore atteints de tournis. Le mouton abattu était écorché et désossé, sa chair découpée, mise à plat sur la peau, généreusement salée, puis la peau était repliée et le tout fortement comprimé pendant un mois au bout duquel la viande, déballée, était mise à sécher.

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Le travail du ver à soie

la magnanerie de Cotignac en 1922

Avant que ce bâtiment ne soit transformé en habitations, il servait pour l'élevage des vers à soie. Durant ses belles années au XIXe et au XXe, la magnanerie de Cotignac employait une quarantaine de personnes. Une pratique exclusivement Chinoise jusqu'à ce qu'elle soit ramenée en occident par Marco Polo (1254-1324) marchand et explorateur vénitien. Si les premiers élevages du ver à soie en France sont recensés dans le Gard vers la fin du XVIe siècle grâce à un certain Olivier de Serres, la culture s'est généralisée à toute la Provence sous Henri IV. Le terme magnanerie vient de magnan qui désigne en Provence le bombyx du mûrier, notre ver à soie. Un papillon qui n'existe plus à l'état sauvage.

Atelier de triage des cocons

Le ver à soie est issu d'un petit œuf appelé "graine". Il subit 4 mues durant sa période active et une 5e à l'état de chrysalide pour devenir un papillon assez peu élégant d'ailleurs. Ces mues sont séparées par des périodes de sommeil avant "la fugue", c'est à dire le moment où le ver choisi un endroit pour filer son cocon. Cette incubation dure trois semaines durant lesquelles la température (24°) et l'hygrométrie (60%) de la pièce appelée magnanerie, sont très surveillées. Cette magnanerie doit être une pièce aérée et assez lumineuse.

Le seule et unique nourriture du ver à soie est la feuille de mûrier blanc. Un élevage nécessitait de disposer d'une belle quantité d'arbres lorsque l'on sait que 1000 vers requièrent 60 kilos de feuilles et qu'une chenille grossit jusqu'à 40 fois sa taille. Ce gros appétit générait une fabrication énorme de crottes qu'il convenait de nettoyer régulièrement. Les ouvriers utilisaient du papier perforé déposé au fond des cages pour faciliter leur tâche. Les cocons étaient par la suite disséminés sur les rameaux. Ils y demeuraient quelques jours avant d'être transportés à la salle du grainage (Étape 22).

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Une maison de la charité

Entrée de l'hospice en 1912

Au début du XVIIIe siècle un vertueux citoyen de Cotignac, le notaire Jean Templier a offert l'emplacement et les fondations d'une demeure en faveur des pauvres de la charité. La maison qui servait de refuge aux pauvres malades était située en face de l'église. Cependant, elle ne possédait pas de chapelle et n'était nullement disposée pour recevoir des malades ou des infirmes. Le don du notaire Templier a été accepté avec reconnaissance. Les maîtres d’œuvre, Antoine Martel et Jean Girard, tanneurs l'un et l'autre, ont bâti sur l'emplacement concédé une maison hospitalière, avec chapelle et dépendances, le tout moyennant le prix de 1 092 livres. Le nouvel hôpital, commencé le 10 décembre 1708, a été achevé le 15 mars 1710. Messire Meiffredy, vicaire de la paroisse, a procédé le même jour à la bénédiction de la chapelle dédiée à Notre-Dame-de-la-Miséricorde.

L'ancienne maison de charité était pauvre en linge et en petit mobilier. Le 25 octobre 1711, le village de Cotignac a été le théâtre d'un spectacle touchant. Durant toute la journée, une foule nombreuse appartenant aux diverses couches de la société locale, s'est rendue à l'hôpital avec des paquets de linge sous les bras. Les uns, portaient des draps de lit, des couvertures, des chemises, des mouchoirs, les autres, des serviettes, des nappes, des bonnets. Certains, plus fortunés, apportaient des meubles, d'autres, moins riches, des chaises ou des tables. Un geste fort qui mettait en évidence le caractère généreux des habitants.

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La grande peste (1720)

L'invasion étrangère, les froids excessifs et la famine, conséquences inévitables de la perte des récoltes, avaient jeté la Provence dans un état de misère difficile à décrire. La peste s'est déclaré soudainement à Marseille vers le milieu du mois de juillet 1720, et s'est répandue dans un grand nombre de localités. La ville de Cotignac a eut le rare bonheur d'échapper à la contagion, grâce à la prudence et à l'énergie des consuls Louis Gérard et Jean Moustier, qui l'administraient à cette époque.

Après une procession à Notre-Dame de Grâce, les portes de la ville ont été barricadées avec de la chaux et du sable (la porte du Château et celle de Saint-Sébastien), avec des barrières en bois (portes Saint-Martin et Notre-Dame). La garde des portes a été confiée à douze habitants, formant une milice dont le commandement était assuré par François Gérard et Jacques Garnier, avec le titre de capitaines des portes.

Ordre a été donné à tous les Marseillais et autres étrangers, de se rendre à la bastide du chirurgien Pothonier, à l'extérieur du bourg, pour une forme de quarantaine. Les lettres en provenance de Marseille étaient déposées au corps de garde, trempées dans le vinaigre et portées ensuite à leur destinataire. L'entrée des marchandises a été rigoureusement interdite. De cette manière, la commune de Cotignac a été complètement préservée de cette peste là qui a occasionné des milliers de morts en Provence.

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Le quotidien des modestes

Le quotidien des modestes

À partir de la Renaissance, les gens ont une conception concentrique de l’espace. Un premier cercle est constitué de l'habitation et du lieu de travail. Le deuxième cercle dépasse le terroir villageois pour englober le bourg ou se tient le marché. Au-delà, c’est l’inconnu. Seuls les colporteurs et les bergers franchissent ce cap, de même que les jeunes hommes qui décident de s’embarquer sur des navires marchands.

Le premier cercle de vie restera longtemps étroit et hostile à toute violation. Ça n’est pas la curiosité qui a poussé les hommes à s'aventurer au-delà, mais le besoin d’écouler les marchandises. La séparation travail loisirs n’existe que très peu. Le temps de travail s’additionne du lever au coucher, variant selon les saisons entre 12 et 15 heures quotidiennes et se multiplie durant les grands évènements comme les moissons ou les vendanges. Lors de la veillée, les mains ne demeurent pas inoccupées, on y tricote, on y décortique, on y répare les outils. Même les fêtes sont liées au travail et à la terre.

L’église dénonce sans cesse le travail du dimanche. Même si les rendez-vous religieux sont suivis de façon drastique. C’est une nouvelle fois, l’occasion d’insister sur le rôle primordial de la famille chez le paysan de Cotignac. Elle y représente l’unité d’exploitation autant que le cadre affectif. Le mariage est avant tout un acte stratégique directement lié aux besoins de l’exploitation. On y prend une associée plus qu’une épouse. Le choix de l’homme est tributaire de la grandeur de son domaine et de sa force physique, celui de la femme, de la largeur de ses hanches et l’importance de sa dote. Les tractations s’avèrent parfois difficiles et souvent le théâtre de règlements de compte sans pitié. A l’image des conditions de vie de cette époque là…

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Les filatures

tisserand de langes

Vers le milieu du XVIIIe siècle, l'industrie du textile occupait employait une soixantaine de personne. Marchands de soie, ouvriers à soie, cardeurs à laine ou tisseurs à toile, des activités certes moins importantes que celles liées au cuir, mais qui contribuaient largement à l'essor économique de la commune. A cette époque là, elle concurrençait ouvertement son chef-lieu de Viguerie, Barjols. Leur situation géographique, proche de la grande voie de communication qui reliait le royaume de Piémont-Sardaigne à la vallée du Rhône, a été à l'origine de cette prospérité. Les productions agricoles comme l'huile d'olives et le vin, de même que les produits manufacturés tels le cuir et la soie, ont séduit les habitants des villes. La famille Templier, marchands de soie, vendait sa production à Nîmes et en Avignon. Tout comme les autres industries, tanneries, moulins, draperies, celle de la soie nécessite l'eau courante pour muer la roue hydraulique qui va entraîner la poulie de filage.

Le tissage de la soie, tout comme l'élevage des bombyx, est également effectué à domicile par les nombreux artisans. Produire la matière première, le fil de soie, en quantité accrue, devient possible grâce à l’invention de l’ingénieur Ferdinand Gensoul en 1806. Un fil de plusieurs centaines de mètres peut être tiré sans effort du cocon du ver à soie une fois traité dans de l’eau chaude. Ce fil est cependant si fin qu’il faut dévider plusieurs cocons ensemble pour former chaque bout. A l’origine, une fileuse ne pouvait s’interrompre sous peine de faire des à-coups et de produire un fil irrégulier. Elle était assistée d’un tourneur (ou tourneuse) pour actionner les volets et d’un chauffeur, généralement un enfant, pour alimenter le foyer situé sous la bassine. L’invention par Gensoul du chauffage collectif des bassines a permis d’industrialiser le processus. Installer une « filerie » près d’un mas ou d’un moulin devient un placement idéal. Sous la Monarchie de Juillet (1830-1848), la France est alors le premier exportateur mondial de soie.

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Le travail des tanneurs

Un exemple du travail de la peau

L'homme a depuis toujours utilisé la peau des animaux pour s'abriter, puis pour se vêtir. Mais à l'époque les peaux ne sont pas traitées, seulement fumées et séchées, ce qui implique leur renouvellement très fréquent. L'une des fonctions du tannage est justement de rendre les peaux imputrescibles. Connu des égyptiens et des chinois, il semblerait que le tannage ait été introduit en France par les Templiers.

Les tanneries sont toujours situées sur les bords d'un ruisseau. Les lavages successifs des peaux nécessitent énormément d'eau. Bien évidemment, la proximité de lieux d'élevage facilite également grandement cette activité. Dans la commune, elles étaient implantées proche de la rue des Marais et s'alimentaient en eau grâce à un canal de dérivation qui pénétrait à l'intérieur des bâtiments.

Les tanneries de Cotignac (une dizaine pour 50 ouvriers à l'année) ont connu une période faste au XIXe et jusqu'à la moitié du XXe siècle en faisant la renommée et la richesse de la commune. Elles fournissaient notamment le cuir qui servait à la confection de l'équipement des soldats français lors de la Grande Guerre (brodequins, semelles, etc…) et fabriquaient des semelles exportées en Afrique, à Chypre et à Singapour. Malheureusement les méthodes de traitement chimique des peaux ont sonné le glas des tanneries traditionnelles. Il n'en reste aujourd'hui qu'une dizaine en France.

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Le travail de la peau

La tannerie à proprement parler ne concerne que le travail des peaux de gros animaux comme les bovins. Les peaux sont dès leur livraison stockées après salaison. La première étape, qui ne nécessite que de l'eau, consiste en un lavage minutieux des peaux afin de les débarrasser du sel et de les ramollir.

Ensuite, elles sont trempées dans un bain de chaux pour faciliter la chute des poils (le pelenage). Le drayeur commence alors la fastidieuse tâche qui consiste à "gratter" les peaux fixées sur un chevalet à l'aide d'un boutoir, pour éliminer les résidus de chaux, les poils et les impuretés. Alors, les peaux sont encore une fois nettoyées à l'aide d'une lunette à parer et enfin tannées, c'est à dire mises à tremper dans de grandes cuves avec un mélange d'eau et de tan. (Le tan était le résultat du travail de l'écorceur, qui dénudait les chênes de leur écorce pour obtenir le pelard qu'il réduisait en poudre et vendait aux tanneurs).

La "pellerie" commençait début mai. Les peaux trempaient ainsi longuement, parfois plusieurs années, avant que les cuves ne soient remplacées par d'énormes tonneaux rotatifs motorisés appelés foulons. C'est le "jus" résiduel, chargé de tan que l'on appelle le tanin. Les peaux sont ensuite rincées et attendent d'être travaillées par le corroyeur. C'est lui qui leur donnera la qualité souhaitée par déridage, teinture, séchage, etc … le corroyeur employait les feuilles d'une plante que l'on cultivait alors et que l'on rencontre souvent dans notre région : le sumac justement dit "des corroyeurs" pour ses propriétés tinctoriales. Le finissage complète le travail du corroyeur : le palissonage (étirement pour donner de la souplesse), le ponçage puis la pigmentation.

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Louis Gérard (1733 - 1819) botaniste

Louis Gérard

Louis Gérard, célèbre médecin botaniste est né dans cette maison en 1733. Très tôt, il se destine à une carrière médicale tout comme son père. Il est reçu docteur en médecine, à la faculté de Montpellier, en 1753, à tout juste 20 ans. Rapidement il se lance dans l'étude de la botanique. Il entre en contact avec Carl von Linnée (naturaliste suédois 1707-1778) une réference internationale de cette discipline. Les deux hommes échangent une longue correspondance. Dans une lettre, Linnée lui dit "J'en ai plus appris par vos envois et par vos remarquables descriptions que par la lecture de nombreux ouvrages spéciaux". Il l'engage à publier une Flore qui recense toutes les plantes de la Provence “Nul autre que vous n'est plus à même d'écrire un pareil livre”.

Louis Gérard se met de nouveau à parcourir la Provence, dont il connaît déjà toutes les richesses. Après quatre ans de courses intrépides sur les collines, plaines et vallées, après de longues et intelligentes études, Gérard met la dernière main à la Flore de Provence. L'œuvre intitulée : Flora gallo Provincialis, rencontre un très grand succès commercial malgré le fait qu'elle soit écrite en latin. Toutes les plantes de la Provence y sont décrites avec le plus grand soin.

Louis Gérard

Le 7 juillet 1787, il devient membre de l'Académie des Sciences. De son côté, l'Académie de Médecine de Paris lui décerne une médaille d'or, à l'occasion de la publication d'un article intitulé : Topographie médicale de Cotignac. Indépendamment de ces travaux, Louis Gérard rédige toute la partie de l'Histoire générale de la Provence, qui traite de l'histoire naturelle. Il est l'un des auteurs de cette œuvre importante publiée en 1784, sous le nom du père Papon et qui est encore de nos jours, considérée comme la plus juste et la plus complète histoire de notre pays. Pendant la Terreur, il est emprisonné avec sa famille pour avoir protesté contre la condamnation à mort de son ami Malesherbes. Il meurt le 16 novembre 1819.

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Jean Gérard et Léon Gérard

Colonel premier empire

Jean Gérard (1793-1846) Militaire

Jean Gérard, fils de Jean-Baptiste Gérard et d'Anne Girard, est né à Cotignac, le 28 mai 1793. Les grandes batailles de l'Empire, racontées par son oncle maternel le général baron Girard inspirent au jeune Gérard le goût de la chose militaire. Admis le 7 août 1810 à l'école de St-Cyr, il en sort quelques jours après pour s'enrôler dans le 88e de ligne.

En moins de deux mois, il décroche sa nomination au grade de sergent. Un bel avancement accordé à un caporal de 17 ans, toujours le premier au feu. Gérard participe, en 1811, aux combats d'Olivença, de Gehbora, d'Albuféra et à la fameuse retraite d'Arroyo-Molinos, où la division Girard, réduite à 1 300 hommes, va résister pendant 48 heures à 10 000 Anglais, commandés par le général Hill.

Nommé sous-lieutenant le 25 février 1813, il échange trois mois après à Lutzen son épaulette contre celle de lieutenant (2 mai). En 1815, lorsque Napoléon revenant de l'exil, aborde en France, Gérard fait partie du 14e de ligne. Le colonel Bugeaud le désigne pour porter à l'Empereur, l'adhésion de ce régiment qu'il commande. Gérard recoit des mains de l'empereur la croix de la Légion-d'Honneur. Le 28, au combat de l'hôpital sous Conflans, Gérard abat plusieurs Autrichiens de sa main. Il y est blessé et cité honorablement à l'ordre de l'armée par le maréchal duc d'Albuféra.

A tout juste 22 ans, il peut imaginer un brillant avenir. Cependant, après les 100 jours, il est congédié le 16 septembre 1815. Sa promotion dans la Légion-d'Honneur n'est même pas ratifiée. Cependant, le général Bugeaud n'oublie pas son ancien compagnon d'armes et le fait nommer officier d'ordonnance du Roi. Il obtient pour lui l'honneur de suivre le Duc d'Orléans en Belgique. Après cette campagne Gérard est élevé au grade de chef de bataillon dans le 9e de ligne. En 1836, il est fait officier de la Légion-d'Honneur, et le 19 septembre 1838, promu au grade de lieutenant-colonel dans le 53e. De 1841 à sa mort, le 1 janvier 1846, il commande le 6 régiment d'infanterie de ligne.

Léon Gérard (1911-1944) Résistant

Léon Gérard est né à Cotignac le 28 octobre 1911 de Félix Gérard, cultivateur, et de Louise Rambat, sans profession. Rapidement, il accède au poste de sous directeur de la Caisse Chirurgicale Mutualiste de Toulon et du Var. Il a été mobilisé pendant la seconde guerre mondiale jusqu’au 20 juillet 1940. Après cette date, il s'engage dans la Résistance à Toulon, dans le mouvement Combat, aux côtés d'Henri Lapeyre, directeur de la caisse chirurgicale. Durant cette période, il était en relation avec plusieurs membres du Comité départemental de Libération du Var comme le Dr Lagier ou Louis Picoche, responsable du Service maquis. 

De retour à Cotignac, au printemps 1944, Léon Gérard continue de participer à la Résistance, assurant des liaisons entre les divers groupes du secteur, notamment, avec les FTP du camp Battaglia venus s’installer dans le massif du Bessillon au début de l’été 1944. Averti d’une menace imminente contre ces maquisards, il tente de les prévenir, mais se trouve pris au coeur de l’attaque engagée le 27 juillet par la Wehrmacht et des éléments Brandebourg. 

Il est abattu dans le bois et laissé agonisant des heures durant. Plusieurs sites entretiennent sa mémoire : une stèle sur les lieux de l’attaque, bâtie peu après la Libération, cette rue de Cotignac porte son nom, un monument, dressé au bord de la RN 560, à La Genevrière (Pontevès), de même qu'un cénotaphe (Monument funéraire qui ne contient pas de corps) au cimetière de Cotignac en souvenir des victimes de l’attaque en 1945. Léon Gérard sera décoré de la croix de guerre et homologué comme sous-lieutenant FFI à titre posthume. (Source Le Maitron)

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La tradition de la lessive

La tradition de la lessive

La lessive (Bugade en Provençal) qu'elle soit annuelle ou hebdomadaire est un temps fort de la vie sociale. Les pluies de printemps gonflent les sources et permettent de faire les grandes lessives. Le reste de l’année, les femmes se retrouvent au lavoir Saint-Sébastien comme dans d'autres lavoirs du village. On y lave le linge de maison et les habits ainsi que le linge de corps, les chemises de nuits et les langes. Ces dernières constituent la dot féminine au moment du mariage. Leurs quantités et leurs qualités reflètent l’aisance du ménage. L'habitude veut que l'on use ces pièces le moins possible, afin de les transmettre à l’héritière.

La lessive est un grand travail qui dure trois jours. Durant le premier jour, le linge trempe, le deuxième jour on le lave avec des cendres et le troisième, on le rince. Pour laver, on utilise un grand cuvier en terre cuite, en bois ou en zinc (tinéou). Le linge y est entassé jusqu’aux trois quarts de sa hauteur. On le couvre d’un morceau de tissu spécial sur lequel des cendres, finement tamisées sont déposées. Ensuite, on fait chauffer une grande quantité d’eau que l’on verse dessus et qui ressort par un trou, au fond du cuvier. Celle-ci est de nouveau réchauffée et reversée sur la lessive jusqu’à ce qu’elle soit aussi chaude à la sortie du cuvier qu’au moment où on la verse dessus.

Les cendres sont alors enlevées avec précaution et le lendemain, on procède au rinçage au lavoir. Après quoi, draps et chemises sont étalés sur les buissons (de préférence des genêts), pour sécher tranquillement au vent et au soleil. Ces lessives sont aussi le moment de l’année où l’on peut «mesurer» la richesse des familles. Les bourgeois embauchent souvent des lavandières à cette occasion.

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L'école publique au XIXe

Salle de classe au XIXe

Durant l'époque moderne et même après la Révolution, l'école se déroule d'octobre à juin et la journée n’est qu’une succession de rituels qui se répètent avec la précision d’une horloge. D’ailleurs tout se déroule autour du temps. Ce temps qui parfois se trouve être interminable tout comme le ronronnement des heures de lecture. Ces syllabes qui sont bien longues à devenir des mots dans la bouche des plus petits. Et que dire de toutes ces dates rencontrées dans les livres d’histoire où se mêlent batailles et assassinats. Ces dates qui se mélangent toutes et ne ressemblent plus à rien pour s'achever par un coup de règle sur les doigts.

Chaque lundi matin, les élèves remplissent leurs encriers de porcelaine. L’encre violette laisse sur le bord blanc une sorte d’auréole qui fait penser aux contours d’une feuille de chêne. Tout à côté, le plumier, en vieux bois vernis, avec un dessin dessus. A l’intérieur, un porte-plume bien sur, mais aussi une gomme et un crayon à ardoise noir avec sa bague dorée. Les tableaux sont noirs et là encore, chacun leur tour, les élèves ont la charge de le nettoyer. Le chiffon en lambeaux laisse échapper des nuages de cette poussière blanchâtre, piquante pour les yeux et bien amère si l’on oublie de fermer la bouche.

La journée commence par la leçon de morale. Un dicton par jour du genre – Bien mal acquis ne profite jamais – ou encore – Personne ne croit plus le menteur, même lorsqu’il dit la vérité. Le maître prend alors un air très grave. Il se racle la gorge, met ses binocles pour rendre la chose encore plus solennelle. On y parle de la patrie comme une seconde famille et de tout ce qu’il faut faire pour être un bon français.

La pièce sent la cire d’abeille, preuve que le peu mobilier est tout de même entretenu. L’odeur persiste toute l’année, elle devient plus lourde l’hiver avec le chauffage et plus acide vers le soir avec la transpiration. De nombreux enfants ne viennent à l'école que lorsqu’il n’y a rien à faire à la maison. Les travaux passent avant les études.

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Le local utilisé sert aussi au catéchisme et au conseil municipal. Il n’y a ni cour, ni lieux communs. Ce qui fait qu’en dehors des heures de classe, l’instituteur ne peut pas avoir l’œil sur les enfants qui, se sentant pousser des ailes, se prêtent à toute une série de bêtises. Une classe unique, cela signifie une organisation méticuleuse du travail. Une programmation précise de l’emploi du temps et une présence auprès de tel ou tel groupe. Sa toute première tâche matinale est d’écrire sur les tableaux les devoirs a exécuter par les plus grands de façon autonome. Quand les élèves arrivent, le maître y est déjà depuis plus d’une heure.

L’instituteur est nommé par une délibération du Conseil Municipal qui en précise les conditions. Il reçoit, annuellement, de la commune un traitement fixe d’environ 350 francs et loge dans la mairie, un local simple composé d'une cuisine et d'une chambre. On lui accorde également la jouissance d'un jardin situé derrière l'église. Outre cette tâche, il doit remplir les fonctions de secrétaire de mairie pour 60 francs. Il est également chargé de remonter l’horloge pour 40 francs. Enfin, il sonne l’angélus matin, midi et soir. Malgré toutes ses fonctions secondaires, l’instituteur a l’obligation d’ouvrir la salle d’école dix mois par an. Août et septembre sont des mois de vacances. La note du conseil municipal précise qu’il « doit toujours se tenir propre car il faut qu’il en impose aux yeux ».

De ce fait, il est très bien inséré dans la vie sociale du village. Tout le monde un jour ou l'autre a besoin de ses services. Il passe l'essentiel de sa carrière dans le même poste, se marie et fonde une famille. L’homme est accepté, même si la plupart du temps, il vient de la ville. Il arrive que, une fois sa carrière terminée, il devienne maire du pays. Il instruit plusieurs générations, de fait, il est aimé et respecté.

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Les Blancs et Rouges

La travailleuse 1920

Depuis le milieu du XIXe siècle, la monarchie de juillet, la IIe République, l'Empire, la IIIe République, la vie locale de Cotignac s'est considérablement politisée. On note deux camps en présence que l'on pourrait qualifier, l'un de gauche (les rouges côté République) et l'autre de droite (les blancs côté Monarchie). La population est divisée, les rivalités s'installent dans toutes les corporations, y compris chez les agriculteurs.

Janvier 1905, les “Blancs” fondent la coopérative agricole “La Défense”. Ses partisans disent haut et fort qu'ils ont été les premiers à entrer dans la voie du progrès au bénéfice de toute la population du bourg. Ses détracteurs diront que les “Blancs” ont voulu avoir la haute main sur cette nouvelle forme d'économie, pour servir leurs propres intérêts. La Défense s'est installée sur un moulin à huile au quartier des Ribbes. Elle a fonctionné plusieurs décennies au grès de quelques querelles intestines, mais sans grands bouleversements.

Août 1905, la réaction des “Rouges” ne se fait pas attendre, ils fondent “La Travailleuse” avec le Syndicat des Vignerons Socialistes, la caisse locale du Crédit Agricole et la volonté d'Hubert Carmagnole qui deviendra maire de Cotignac en 1908 puis député du Var. Sa vie interne aura été plus mouvementée que celle des adversaires, mais son destin sera exactement le même.

Jusqu'en 1918, la fin de la grande guerre, la fabrication d'huile d'olives est restée l'activité principale. Dans les années 1920, la viticulture connaît une grande expansion. De fait, les structures s'équipent en conséquence d'un matériel moderne et spécialisé (fouloirs, pompes, presses....). De 1946 à la fusion des deux coopératives, les difficultés se multiplient. La culture de l'olivier perd de son ampleur. Elle devient trop onéreuse, de plus, le grand froid de l'hiver 1956 détruit la quasi totalité des oliviers de Provence. En 1967, les “Blancs” et les “Rouges” fusionnent et deviennent “Les vignerons de Cotignac”. La commune compte alors 543 ha de vignes classées Côte de Provence depuis 1946.

Les deux coopératives ont tenu une place importante dans la vie du village. Elles ont permis la constitution de deux groupements solides et organisés, outillés, capables d'affronter, dans les meilleures conditions, un marché important et par voie de conséquence, des facilités données aux producteurs, petits et grands, qui ont permis un développement du vignoble impossible sans leur appui. Ironie du sort, les deux coopératives sont nées de l'olivier et mortes de l'olivier. Elles ont fait les beaux jours de Cotignac pendant 60 ans...

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Jean-Baptiste Chaudié (1853 - 1933)

Jean-Baptiste Chaudié (1853 - 1933)

Jean-Baptiste Emile Chaudié est né à Salernes le 28 février 1853. Il entre à 18 ans, au corps du commissariat de la Marine. Nommé en 1884 au grade d'inspecteur-adjoint de la Marine, il part au Sénégal pour une première mission, puis en Indochine pour une inspection permanente de deux ans. Promu inspecteur des Colies le 27 août 1889, il voyage en Nouvelle-Calédonie, en Martinique en 1892 pour évaluer les dégâts causés par un cyclone, à la Réunion avant de terminer au poste de premier gouverneur général de l'Afrique Occidentale Française. Atteint de la fièvre jaune, contractée au Sénégal, il rentre en France, s'installe à Cotignac et s'intéresse de près à l'agriculture, notamment, l'olivier. Avec quelques propriétaires fonciers il crée la première coopérative agricole "La Défense" en 1905. Il en sera le premier président avant de démissionner en avril 1920. Il meurt le 5 janvier 1933 à Cotignac.

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Les vendanges au XVIIIe

Scène de vendange

Les jours qui précèdent les vendanges, les vieux aiguisent les serpettes. On ouvre les portes obscures des celliers pour laisser entrer la lumière avant d’y entreposer la prochaine cuvée. Partout, on frappe, on astique, on lave à grande eau. L'air sent le bois moisi et la paille imbibée des dernières pluies. Les vendangeurs se lèvent très tôt. Il fait encore sombre. Pas question de déjeuner, même si la nuit a été courte et si la journée s’annonce chargée. Les hommes se consacrent aux derniers préparatifs, chargeant chevaux, mulets, charrettes, criant et riant à la fois.

La récolte commence dans les rangées de vigne qui s’animent. Les gens vont et viennent, les charrettes partent, chargées à ras bord, en direction du village. D'autres reviennent à vide. De temps en temps, un coup de feu éclate dans les collines. Personne n’y fait cas. Rien ne semble être en mesure de perturber les vendangeurs concentrés à leur tâche. Ils vont le rester jusqu’à ce que leur dos s’enflamme où que la faim ne les rappelle au cabanon.

L’après-midi s’étire lentement, sans pour autant que le rythme ne faiblisse. Seuls les chants se font de plus en plus rauques et dispersés. Le soleil décline, mais rosi encore les épaules des hommes qui tombent la veste. Les coups de feu retentissent à nouveau dans le maquis. C’est la remontée des grives.

Le soir, les maisons embaument le raisin mûr. Éclairés simplement par deux grosses lanternes, les hommes foulent le raisin et remplissent les tonneaux. Les meilleures grappes sont pendues dans la grange à l’abri des rats, pour les retrouver encore plus sucrées aux alentours de noël. Puis, on porte des paniers remplis de raisin chez les voisins qui n'ont pas de vigne. Un grand moment festif partagé entre tous.

Viticulteur dans les années 1910

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Ambiance

La lumière chatoyante du soleil automnal inonde les ramures argentées des noyers. Le feuillage des vignes fléchit sous le poids de lourdes grappes rouges et or. Comme de petits moineaux gourmands, les enfants gambadent dans les rangs. A toute vitesse, comme pour échapper à un ennemi invisible, il se gorgent de grains de raisin qui éclatent entre leurs dents et emplissent leur bouche d’un nectar délicieusement sucré. De toutes parts, les vendangeuses arrivent. Ce sont des jeunes filles, des femmes, des proches et des voisines. Des grands mères se joignent à elles afin d'emporter, un panier de raisin mûr, du muscat. Elles ont la ride gracieuse, parcourue de quelques agitations fugaces qui les rendent tendrement belles. Tout le monde s'installe sous un grand arbre pour le petit déjeuner. On parle et on chante la bouche pleine.

On passe à table

Ces grandes journées de travail autorisent un repas à base de viande. Il faut bien compenser la fatigue et fortifier l’esprit de résistance. Le ragoût, rehaussé par de petits piments forts semble délicieux. Les morceaux de viande faisandée, cuits au feu de bois, sont servis dans des feuilles de noyer. On y rajoute une grande quantité de pommes de terre sans doute plus nombreuses que la viande mais à même de combler les appétits les plus audacieux. Le fromage est aussi de la fête, même s’il paraît un peu fade après ce plat de caractère. Certains ont encore le courage de l’accompagner avec des oignons crus. Au terme de ce repas à volonté, les grains de raisin semblent encore plus sucrés. Ils sont comme un soulagement après le passage des flammes. Sans plus attendre, les vendangeuses, paniers vides à la main, s'éparpillent à nouveau dans les vignes.

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L'opération du grainage

Grainage

Après avoir vécu quelques semaines à la Magnanerie (étape 11), les cocons sont transférés à la salle du grainage. Les variétés sont sélectionnées d'après la forme et la cocon en fonction de paramètres d'optimisation (Chinois doré, Jaune Provence, Alméria Espagnol, Ascoli Italien...). La papillonnage a lieu à l'aube. Les mâles sont les premiers à sortir. Viennent ensuite les femelles que l'on reconnaît facilement à leur ventre plus gonflé. Il est temps pour les couples de passer à l'acte. Il leur est accordé quatre heures de tranquillité pour satisfaire leurs instincts.

On fait pondre les femelles dans des cellules de papier confectionnées à cette intention ou encore sur des toiles. Les œufs testés, exempts de toute tare, seront conservés dans une chambre froide jusqu'au jour de l'expédition. Le grainage de Cotignac travaillaient avec le monde entier. La commercialisation des graines, durant la première partie du XXe siècle était réalisée par la maison Laugier, à laquelle a succédé la Société de Sériculture. Dans les plus belles années (1900 à 1950) où Cotignac était le 2e grainage de France, l'entreprise embauchait une centaine de salariés et la production annuelle de cocons les 30 tonnes. Le travail débutait à 4 heures pour s'achever à 19 heures avec une heure pour déjeuner. Le grainage a fermé ses portes à la fin des années 50. L'arrivée du nylon et des soies de synthèses a sonné la fin de la soie naturelle

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Le quotidien des bourgeois au XVIIIe

Les allées du cours 1912

Cultures spéculatives et développement manufacturier, ces deux axes de l'économie locale auraient été de nature à promettre un avenir serein aux Cotignacéens. C'était sans compter avec la fracture sociale qui régnait dans le bourg. En ce temps là, une minorité de bourgeois habitaient les "beaux quartiers" comme Le Cours et La Ferrage et une majorité de paysans, de journaliers et d'artisans vivait dans des conditions difficiles dans les maisons du vieux village au pied du rocher. Tout les opposait, y compris l'habitat. Pour les uns, quartiers résidentiels, maisons récentes aux nombreux balcons et fenêtres donnant sur le Cours ombragé, pour les autres quartiers sombre aux ruelles étroites et encombrées, appartements insalubres dans lesquels persistait l'odeur pestilentielle des tanneries. Les bourgeois investissaient naturellement les revenus de leur commerce dans cadre de vie. Mobilier, vêtement, nourriture, hygiène, tout les différenciait des autres habitants.

Une bonne maîtresse de maison bourgeoise doit veiller à ce que chaque tâche soit bien accomplie. Ménage, entretien du linge, aménagement et décoration de la maison, menus, emplettes ménagères sont autant d'activités qu'elle organise et surveille. Les pièces de réceptions bénéficient d'un soin tout particulier. Salons et salle à manger prennent une allure ostentatoire à la mesure du désir de paraître de son propriétaire : cheminée de marbre, dorures, stucs et moulages au plafond, grands miroirs aux murs, et, partout des pompons, des galons, des glands, sans compter les innombrables bibelots qui encombrent les meubles : napperon sur le piano, vases, vide-poches, coussins... Les fleurs, fraîches ou artificielles, abondent, disposées dans toutes sortes de corbeilles et jardinières. " La bourgeoisie n'est pas une classe, c'est une position ; on acquiert cette position, on la perd. Le travail, l'économie, la capacité la donne ; le vice, la dissipation, l'oisiveté la font perdre. " Journal des Débats, 1847.

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Les personnalités locales

La commune de Cotignac a donné naissance à de nombreuses personnalités qui se sont illustrées au niveau national dans différents domaines comme la littérature, la science, le droit, l'église, l'armée et la politique. Le plus ancien politicien rapporté par l'histoire se nomme Guillaume de Cotignac, ministre du comte de Provence, Raymond Béranger au XIIe siècle et bien plus tard, du révolutionnaire François Vétour en 1747 (ancien maire de Cotignac). Dans le domaine de la religion, on peut citer André Carmagnole et Joseph Allègre au XVIe siècle, Joseph-Marius Thaneron au XVIIIe. La littérature retiendra les noms du poète troubadour Arnaud de Cotignac en 1260, du tragédien Antoine Maunier, du poète François Fassy, tous deux au XVIIIe siècle. Le droit et le métier d'avocat, Melchior Pastour en 1608 et François Dessoliers en 1753, l'armée et la grande carrière militaire, le général Antoine Giraud en 1749, le vice-amiral Louis Figanière en 1780, le lieutenant-colonel Jean Gérard en 1793. Enfin, la science, le médecin botaniste Louis Gérard en 1733.

Toutes ses personnalités et peut-être d'autres encore, oubliées par les textes qui sont parvenus jusqu'à nous, ont porté parfois, très haut, les couleurs de Cotignac, un petit village du sud de la France. A celles ci, il convient d'ajouter des anonymes, civils ou militaires, qui ont laissé leur vie sur les champs de bataille de l'histoire. Toutes ne sont pas enterrées dans ce cimetière, cependant, elles ont leur place dans la mémoire collective. Tout comme celles et ceux qui, simples paysans ou artisans, ont contribué à l'essor de la commune. Le temps est venu de leur rendre hommage.

Guillaume de Cotignac (1180-1245) ministre

Guillaume de Cotignac (1180/1245), fils de Marcio de Rhéza, a été un grand capitaine et un habile gestionnaire. Son nom est inséparable de celui de Raymond-Bérenger IV, comte de Provence, dont il a été le ministre, lequel lui a offert, à titre de récompense, la seigneurie de Cotignac. L'histoire lui a décerné le titre de Grand. Nostradamus, Bouche, et tous les anciens auteurs provençaux le désignent, en effet, sous le nom de Guillaume le Grand. Sa fille, Mathilde de Rhéza, a épousé, le 27 novembre 1270, Fouques de Pontevès, et lui a apporté en dot les terres de Cotignac et de Carcès.

André Carmagnole (1619 - 1668) Enseignant religieux

Né à Cotignac, André Carmagnole était l'un des membres les plus distingués de la savante congrégation des Oratoriens. Après avoir professé les lettres à Marseille, à Beaune et à Saumur, Carmagnole se voue à la prédication. Il y acquiert une solide réputation. Sa piété exemplaire et son savoir ont appelé sur lui l'attention de ses supérieurs, qui l'ont élevé successivement aux plus hautes dignités de l'ordre. A tout juste 30 ans, il est nommé supérieur de la maison de Beaune. En 1669, il devient supérieur à Rouen, où il remplit plus tard les fonctions de procureur général assistant. Il meurt à Paris, le 5 décembre 1688, en tant que directeur de la maison de Saint-Honoré.

Joseph Allègre (1630 - 1696) Religieux

Religieux de l'ordre des Minimes, Joseph Allègre, possédait un véritable talent pour la prédication. On l'a comparé à Louis Bourdaloue (1632 - 1704), brillant prédicateur connu pour la qualité de ses sermons qu'il récitait à la manière d'une pièce de théâtre. Il prêchait les yeux clos. Son talent et sa réputation lui ont vallu de prêcher à la cour, où il est surnommé « roi des prédicateurs, prédicateur des rois ». Ses sermons étaient remarquables grâce à une logique serrée, un choix pertinent des preuves et une clarté de réflexion.

Le père Allègre publia, en 1688, un excellent ouvrage devenu introuvable, qui pourrait être utile aux curés des villages, et dont la réimpression aurait certainement beaucoup de succès. Cet ouvrage, écrit en langue provençale, est intitulé "Instructions moralos sur tous leis évangilos dominicalos de l'an"

Antoine Maunier (1727 - 1807) Auteur

Antoine Maunier, fils de Joseph et d'Anne Moustiers est né à Cotignac le 22 décembre 1727. Après avoir fait ses études dans la maison de l'Oratoire de Notre-Dame-de-Grâces, il reçoit les ordres et prend sa place parmi les membres les plus distingués de cette congrégation.

Le Père Maunier remplissait les fonctions de bibliothécaire de la Maison de Paris, lorsqu'il est placé en qualité d'instituteur auprès de Louis-Henri-Joseph de Bourbon-Condé. Il écrit pour ce jeune prince, qui sera le dernier seigneur de Cotignac, une chronologie très détaillée des rois de France. Il est également l'auteur d'une très belle tragédie en vers latins et d'une excellente traduction de Virgile qui fait toujours référence. Il meurt à Cotignac le 1er avril 1807.

François Fassy (1751-1812) Poète

François Fassy, fils aîné de Jean Fassy et de Rose Marin, est né à Cotignac le 3 février 1751. Il n'est connu que par la publication de quelques morceaux de poésie, qui rencontrent un certain succès vers la fin du XVIIIe siècle. La Mythologie grecque est une intarissable ressource pour les auteurs de cette époque. Fassy y puise largement son inspiration.

Tout au long de sa vie, il va agir comme agissent les poètes, sans aucune notion des réalités. Il épouse la fille du marquis de Puyloubier, une très riche héritière qui lui apporte en dot des immeubles d'une valeur d'un million. Hélas, il gaspille sa fortune et meurt pauvre, en 1812, dans le village de Puyloubier.

François Dessoliers (1753-1835) Avocat

François Dessoliers né le 23 octobre 1753 à Cotignac, s'installe très jeune à Marseille, où ses talents d'avocat le placent bientôt parmi les renommés. Il publie plusieurs mémoires qualifiés de remarquables. On cite notamment l'Analyse des Plaidoiries pour les Propriétaires du grand Théâtre contre la ville de Marseille et le Mémoire pour la ville de Marseille contre le sieur Roux Labaume qui contestait à la ville la propriété des eaux de Jarret. Ces deux pièces attestent d'un savoir-faire reconnu une grande clarté d'idées. Dessoliers sera successivement membre du conseil municipal de Marseille, adjoint au maire et président du Conseil Général des Bouches-du-Rhône. Officier de la Légion d'Honneur, il meurt à Aix, le 16 mai 1835.

Louis Figanière (1780-1854) Vice-amiral

Né à Cotignac en 1780, il s'engage très jeune dans la marine du Portugal et y gagnera le grade de vice-amiral, à tout juste 40 ans. Cette information provient d'une lettre adressée à ses parents. Il reviendra à Cotignac de façon très brève dans le courant de l'année 1820. Puis il rentrera en Portugal et plus jamais personne n'entendit parler de ce brave marin.

Joseph-Marius Thaneron (1792-1854)

Joseph-Marius Thaneron, né le 8 septembre 1792 à Cotignac, a été chanoine de l'Église métropolitaine d'Aix, professeur d'éloquence sacrée à la Faculté de Théologie de cette même ville de 1837 à 1854, année de sa mort. Ce vertueux ecclésiastique publia en 1844, une excellente biographie de Mgr Guittou, évêque de Poitiers. On retiendra également que ses rapports annuels sur les travaux de la Faculté de Théologie sont remarquablement écrits. On cite parmi les opuscules qu'il a publiés une Notice sur la très vénérée image de Notre Dame des Sept-Douleurs rétablie dans la chapelle de la Miséricorde d'Aix.

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L'église St-Pierre

Plan de situation de l'église

Le cas de l'église St-Pierre reste flou dans la chronologie locale. Une première église paroissiale est mentionnée dans les textes en 1118. Par la suite, une église St-Pierre est évoquée en 1188. Le vocable retient l'attention car l’église actuelle, au cœur du village, est encore aujourd’hui l’église Saint-Pierre. On pourrait penser qu’elle est donc déjà implantée au pied de la falaise à la fin du XIIe siècle, à l’époque de sa première mention dans les textes. Néanmoins, au milieu du XIIIe siècle, la population souhaite la construction d’une église au cœur du village. Cette mention laisse logiquement imaginer que les habitants ne disposent pas encore d’un lieu de culte proche de l’habitat. A-t-elle été déplacée pour devenir la paroisse au cœur du village, comme le souhaite la population au cours du XIIIe siècle ? Difficile à dire.

Durant les 2 siècles et demi qui ont suivi l'époque de son émancipation administrative, Cotignac s'est considérablement agrandie. La première enceinte élargie en 1555, s'est rapidement avérée insuffisante. De fait, en 1604, la commune achète, en dehors des portes, un vaste terrain sur lequel elle construit la place de l'Hôtel-de-Ville. Pour pallier à un manque de place, on ajoute deux nefs à l'église (1657 et 1678). Les registres des délibérations nous apprennent, en effet, que, le 18 mai 1657, il est procédé à "l'adjudication d'un prix-fait pour l'agrandissement de l'église, en faveur d'un maçon d'Aups, moyennant 2 975 livres". De 1710 à 1789, l'église connaît de nouvelles modifications. Durant cette période, la messe est célébrée dans la chapelle des Pénitents Blancs sur le cours.

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Un orgue en 1846

Grâce à l'intervention conjuguée du conseil municipal et d'un certain Marius Roux, originaire de Cotignac et domicilié à Marseille, l'église St-Pierre s'est vue dotée d'un orgue de grande qualité. A cette époque, un facteur d'orgue Alsacien installé à Paris, la maison Daublaine et Callinet, connaît un essor particulier. Une succursale, dirigée par Théodore Sauer, s'installe à Lyon, dans le but de pouvoir honorer les demandes du sud de la France. De nombreuses communes de la région, se dotent d'un orgue, Aix-en-Provence, Arles, Solliès-Pont, Brignoles (qui est le frère jumeau de celui de Cotignac). L'instrument a été reconstruit en 1914 par l'entreprise Vignolo frères de Marseille, avant de se voir de nouveau aménagé en 1972 par la maison Renévier de Marseille.

Embauche d'un sonneur de cloches

Le 12 mai 1652, les conseillers municipaux ratifient le marché de six livres par an avec Balthazar Figanière, pour sonner la cloche de Notre-Dame en cas de mauvais temps. Cet usage de sonner les cloches pour dissiper l'orage s'est maintenu en Provence dans plusieurs localités comme Cotignac. Lorsque les nuages s'amoncellent, que le ciel s'obscurcit et semble couvrir la terre d'un voile noir, le pasteur du village fait sonner les cloches dont la voix plaintive augmente encore les tristesses de l'orage. Cependant ce n'est plus comme autrefois avec la pensée de chasser les nuages et encore moins de conjurer l'influence maligne des sorciers porteurs de la grêle. Il s'agit simplement d'appeler les fidèles vers l'église afin de demander à Dieu la préservation des récoltes. Mais avant de parvenir à séparer l'effet matériel produit par les cloches, de l'effet tout spirituel des prières, il y a eu une transition dans les croyances religieuses. Un docteur en théologie disait en 1721 "Le son des cloches écarte le tonnerre et les tempêtes, par la vertu divine qui leur est imprimée, en vue des prières que l'église fait lorsqu'on les bénit, et qu'on les sonne contre les météores".

Un autre auteur ecclésiastique, Mgr de Thou, évêque de Chartres, avait déjà donné, à cette époque, une explication plus chrétienne "Par le son des cloches les orages naturellement se dissipent, toutefois, cette cause naturelle est aidée avec plus d'efficacité par l'invocation du nom de Dieu, auquel toutes choses obéissent, et n'y a doute qu'elles ne soient détournées, quand il lui plaît, pour sauver ce qu'il a fait croître et multiplier sur terre".

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Liberté égalité fraternité au fronton

Sonneur de cloche

La mise au pas du clergé engagée sous la Révolution, poursuivie durant la Commune est affirmée durablement dans le marbre de la loi par la Troisième République. La Constitution civile du clergé de 1791 en a été une étape fondatrice en imposant aux émissaires du Vatican le respect des principes de la République. De cette époque, où la République impose à l'Église catholique qu'elle courbe l'échine devant le triptyque "Liberté, égalité, fraternité", il reste quelques souvenirs encore inscrits aux façades de certaines églises. Qu'elles soient effacées et difficilement discernables ou maintenues en très bon état pour mieux en assurer la lecture, ces marques républicaines rappellent qu'une religion n'adhère aux principes de liberté, d'égalité et de fraternité que sous la contrainte et en contradiction totale avec les textes dits sacrés, dans lesquels on chercherait en vain une ébauche de liberté individuelle ou un soupçon d'égalité avec, par exemple, les non croyants ou entre les hommes et les femmes.

C'est en février 1848 que la Seconde République décide officiellement que la formule "Liberté Égalité Fraternité" sera sa devise. Après une longue éclipse sous le Second Empire, elle est reprise par la Troisième République et subit une nouvelle interruption sous le gouvernement de Pétain. Les trois termes qui la composent sont déjà apparus de façon variée pendant la Révolution mais sans qu'ils soient inséparables. Dans les clubs (Jacobins, Cordeliers), dans les documents officiels nationaux ou départementaux, sur les drapeaux des districts parisiens, on les trouve en association ou en alternance avec d'autres termes comme Union, Vertu, Justice, Raison, Humanité, Force, Loi, etc.

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Les tours Sarrasines

Intérieur de la petite tour

Les deux tours de Cotignac ont la particularité d’être en très grande partie construite à l’aide de tuf. Le tuf est une roche dite végétale, car elle se forme avec les dépôts de calcaire sur de la végétation comme la mousse aux niveaux d’émergences de sources d’eau ou sur des cascades. La quasi-totalité de la construction des deux tours est donc bâti avec un matériau local, facile à tailler, et surtout disponible en quantité sur place. La falaise semble être le lieu d’extraction principal.

Ces deux tours, de forme rectangulaire, sont de taille différente. Il s’agit, d’une tour de guet (la plus petite) et d’une forteresse (la plus grande). En tout état de cause, ce sont deux tours de défense. Elles n’ont, en guise de porte, qu’une ouverture située à plusieurs mètres au-dessus du sol. On y accédait par une échelle qui était ensuite relevée pour empêcher les ennemis d’entrer. La grande tour était accessible, à partir de la Grande Salle à l’intérieur du rocher. Il semblerait, selon des études archéologiques, qu’il y aurait une salle voûtée à sa base, dans laquelle on entreposait vivres, armes… On accédait à l’intérieur de la tour par un petit passage situé au centre de la voûte. Une ouverture se situe à 6 mètres de hauteur.

Intérieur de la grande tour

Sur son mur Nord, on peut voir qu’au niveau de la meurtrière, il y avait avant celle-ci une fenêtre géminée (une fenêtre double séparée en son centre par une colonne) avec des coussièges (sorte de bancs bâtis dans le mur de part et d’autre de la fenêtre qui servaient souvent pour la surveillance). En effet, ces tours servaient vraisemblablement de vigie pour surveiller la plaine de St Martin au nord et la vallée au sud. Leur datation semble difficile. Elles pourraient provenir du XIe siècle, date du premier château qui existait en 1032. Le Seigneur avait construit son château au bas du Rocher, là où s’était installé le village dès le XIe siècle pour se mettre à l’abri des pillages et des invasions grâce à cette immense barre de tuf. Mais selon des études géologiques récentes (2017), elles dateraient plutôt du XIVe siècle.

Elles ont été endommagées à l’époque des guerres de religions et se sont dégradées au cours des siècles, perdant notamment leur socle. Elles ont été entièrement rénovées en 1994 sous le contrôle de Monsieur Farhner, architecte des Bâtiments de France, et ont ainsi retrouvé leur grâce et leur noblesse au sommet de la roche, surplombant ainsi, aujourd’hui encore, le village.

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L'année agricole au XVIIIe

Jour de marché

Les différents phénomènes météorologiques (pluie, vent, gelée, sécheresse…) ne sont pas perçus de la même façon durant tout le cycle annuel, selon qu’ils favorisent où entravent les activités en cours. Pour les habitants de Cotignac, une « bonne année » se présente approximativement de la manière suivante.

Durant la période hivernale, les pluies ne sont guère appréciées lors des travaux de récolte. Lorsque néanmoins il pleut, on souhaite l’apparition du Mistral pour balayer le ciel, tout en acceptant les désagréments, comme la baisse sensible des températures ou encore les dégâts qu’il provoque immanquablement aux cultures mais aussi aux habitations, même si pour la plupart, elles sont abritées par le rocher. La neige reste un phénomène assez rare. De courte durée, elle est estimée en tant que couverture protectrice et fécondante des champs.

Une trop forte hausse des températures au début du printemps inspire la crainte. Elle rend les cultures sans défense face à d’éventuelles rechutes. La pluie d’avril, assortie d’une hausse non négligeable des températures, n’est jamais trop abondante.

Au début de l’état estival, le temps doit être sec et chaud. Les orages qui escortent la hausse brutale des températures sont observés avec beaucoup d’appréhension. Ils sont parfois ponctués de grêle et peuvent compromettre les moissons et dans une moindre mesure, les vendanges. Quelques orages sont toutefois les bienvenus pour « gonfler le raisin ».

Enfin, à l’automne, les pluies sont attendues avec impatience après la sécheresse, pour alimenter les sources, humecter les terres prêtes à être ensemencées et faire repousser l’herbe destinée aux troupeaux revenant des alpages. Cependant, les vignerons craignent de voir arriver les pluies avant la fin des vendanges qui risquent ainsi d’être compromises.

Le temps des cerises

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Quelques proverbes provençaux

Quand lis estelli semblon esbégudo e qué lou cèu es bèn espurga marco d’aurige
Quand les étoiles semblent voilées dans un ciel dégagé signe d’orage

Quand uiaussi à la baïsso e senso nivo, marco de chaud é de bèu temps
Des éclairs dans un ciel sans nuage, sont un signe de chaleur et de beau temps

Sé trono lou matin, marco d’auro, sé trono à miejour, marco plueio, sé trono lou vespre, marco d’aurigé
S’il tonne le matin, signe de vent, s’il tonne le midi, signe de pluie, s’il tonne pour les vêpres, signe d’orage

Quand en toumbant la plueio fumo o boufigo, marco que n’en toumbera forço é loun tems
Lorsqu’en tombant la pluie fume ou fait des bulles, c’est signe qu’il pleuvra fort et longtemps

Li nivo qu’après la plueio davalon ras de sou e buralon per champ, marcon que fara béu
Les nuages qui, après la pluie descendent au ras de terre, et roulent à travers champs indiquent du beau temps

Dous soulèu dins lou cèu marcon la frèch é la nèu
Deux soleils dans le ciel indiquent le froid et la neige

Quand lou soulèu se coucho roussèu, l’endeman se moustrara bèu
Quand le soleil se couche vermeil, le lendemain, il se montrera beau

Rouge de séro, bèu tems espèro, rouge de matin, coumpisso lou camin
Rouge de séro, bèu tems espèro, rouge de matin, coumpisso lou camin

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La chapelle St-Martin

Chapelle St-Martin

La chapelle a été édifiée au Ve siècle. Durant plus de 600 ans, elle est régulièrement agrandie au fur et à mesure que la population augmentait. A partir de l'an 1100, sous la pression des invasions, les habitants du village situé près des sources Gautier et St-Martin, de même que ceux qui vivaient dans la plaine, se sont regroupés autour du petit château. En 1266, un nouveau lieu de culte est construit ou reconstruit à Cotignac. Le prêtre a le titre de prieur - curé.

Peinture qui orne les murs de la chapelle

L'église comporte une nef unique de trois travées voûtées en plein cintre et séparées par des pilastres et des arts doubleaux. A l'origine l'entrée se faisait latéralement par le nord. L'éclairage du tout premier édifice s'avère très minimaliste. Une fenêtre dans l'abside principale et deux fenêtres dans chaque chapelle.

Plan de la chapelle réalisé en 1820

Durant le XIIIe siècle, la chapelle nord a été remplacée par une nouvelle, plus grande, conçue comme un large rectangle. La voûte conserve des peintures murales d'une grande beauté, des figures drapées dans de longues robes, des anges, des saints, un personnage avec un superbe visage expressif. La datation de ses peintures les situe vers 1325. Elles sont l'œuvre d'un artiste confirmé dont le nom n'est pas parvenu jusqu'à nous. Au XVIe siècle, le hameau a été peu à peu abandonné, sans doute à cause des violentes crues de la Cassole et des nombreuses invasions. La population s'est installée au pied du rocher dans ce qui est le Cotignac d'aujourd'hui. Cependant, un prieur continuait d'y célébrer la messe pour les quelques bastidiers qui avaient choisit d'y demeurer. Après la révolution de 1789, la chapelle sera aliénée par la famille Allemand et deviendra un bâtiment agricole. 1905, séparation de l’église et de l’état, la chapelle devient édifice public, mais seulement la partie cédée par la famille Allemand. La partie supérieure de l’absidiole sud reste privée. La chapelle est laissée à l’usage du clergé. On y dit la messe le jour de la Saint Martin jusqu’aux années 1960.

Représentation de saint-Mathieu

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Glacière St-Martin

Glacière

Rares étaient les villages de Provence qui ne possédaient pas de glacière. Celle de Cotignac ne servait pas à fabriquer la glace, mais à la conserver pour être distribuée, tout l'été, aux habitants. La glace provenait du massif de la Sainte-Baume à environ 30 km au sud-ouest. De gros blocs étaient acheminés à dos d'âne ou d'homme parfois. Enveloppés dans un tissu en peau, ils voyageaient, de préférence la nuit, en faisant des haltes de glacières en glacières dans la journée, pour éviter une trop grosse perte.

L'usage et le commerce de la glace ont toujours existé dans le bassin méditerranée. Dans notre Provence, c'est à partir de la Renaissance que cette activité s'est fortement développée. Rapidement, elle est contrôlée par les pouvoirs publics car la glace était utilisée de multiples façons : pour la conservation du poisson frais, des aliments, dans les hôpitaux, pour les boissons, en sorbets... C'était un marché juteux, mais qui comportait des risques importants.

Bloc de glace

La glace par Gédéon Lecointre, médecin, 1880

"La glace est bien plus qu'un produit agréable, c'est aussi un produit utile et absolument indispensable, dans nos régions provençales. A part son emploi dans la thérapeutique, la glace est encore fort utile dans l'hygiène ou médecine préventive. Elle fournit les boissons glacées, qui donnent du ton à l'estomac, et remontent pour ainsi dire tous les ressorts de notre machine interne en la réconfortant. Dans les fermes et maisons de campagne, la glacière sert encore à conserver les provisions de toute espèce, viande, poisson, laitage, fruits, légumes, qu'on ne peut aller chercher chaque jour aux marchés des villes".

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La fabrication de la glace

Le principe de fabrication, même à cette époque, était assez simple. Le plus dur était de trouver l'endroit convenable pour installer les bassins de congélation et pour construire les immenses réservoirs que sont les glacières. Il fallait en effet que le site se trouve à proximité de sources, qu'il soit le plus possible à l'abri du soleil, et qu'il bénéficie d'un courant d'air frais.

Été comme hiver, les gens s'affairaient autour des glacières, mais ils ne réalisaient pas le même travail. En hiver, ils remplissaient les glacières. Depuis les sources qui jaillissent aux pieds des collines, on acheminait l'eau jusqu'à de grands bassins de congélation profonds d'une quinzaine de centimètres et pouvant contenir environ 250 mètres cube chacun. A la faveur des nuits froides et des vents secs soufflant en bordure des bassins, l'eau se transformait en glace. Il fallait jusqu'à quatre gelées pour remplir un bassin.

Le jour, les paysans du coin, embauchés pour "arrondir" leurs fins de mois, sciaient la glace en blocs et la charriaient jusqu'aux glacières où d'autres employés la tassaient et la compactaient au fond de ces immenses réservoirs. Les murs étaient recouverts de paille et de matière isolante. Puis une fois la glacière pleine, on la scellait à l'aide d'une triple porte.

L'été, le travail se faisait le soir et toute la nuit. Il consistait cette fois-ci à sortir la glace et à l'acheminer jusqu'aux points où les gens en avaient besoin, les grandes villes (Marseille, Toulon, Aubagne,...), mais aussi les petits villages environnants. A l'aide de moules cylindriques, on extirpait la glace de l'énorme masse gelée. Ces pains étaient ensuite démoulés et chargés sur des charrettes, protégés de la chaleur par des couvertures en peau et de la paille. Une fois la charrette pleine, le charretier s'empressait de partir pour aller livrer sa précieuse marchandise avant l'arrivée des pêcheurs et le lever du soleil.

Il faut savoir que, comme de nos jours, le premier venu était sûr de vendre toute sa marchandise. Aussi, tous les moyens étaient bons pour arriver avant les concurrents. Les plus riches s'équipaient de chevaux et fonçaient comme des fous sur les étroits chemins. Les accidents n'étaient pas rares.

Le développement du chemin de fer a permis à la glace naturelle des Alpes de venir concurrencer les glacières de la région. Un peu plus tard, ce fut l'avènement de la glace industrielle. Elle sonna le glas de la glace naturelle qui résista jusqu'aux années 1940 avant de s'éteindre.

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L'apparition de la vierge

Sanctuaire ND de Grâce en 1920

A deux kilomètres dans les bois, par la route sur votre gauche, se trouve le sanctuaire de Notre-Dame-de-Grâce. En ce lieu, le 10 août 1519, la Vierge apparaît à un saint homme appelé Jean de la Mire. Elle lui ordonne de mobiliser les habitants du pays afin qu'ils se rendent en procession sur le lieu de l'apparition et qu'ils y bâtissent une église, sous le nom de Notre-Dame-de-Grâces. La procession a lieu au mois de septembre suivant, le jour de l'exaltation de la Sainte-Croix. L'église a été bâtie et sa divine patronne tient sa promesse de réaliser de nombreux vœux. Des ex-voto recouvrent les murs de ce nouveau sanctuaire. Deux ans après, le pape Léon X l'honore de nombreuses et riches indulgences.

Le père Fiacre

120 ans plus tard, à Paris, une seconde apparition attire l'attention du monde chrétien sur cette église. En 1637. Louis XIII et Anne d'Autriche, mariés depuis 23 ans, attendent encore la naissance d'un héritier. Cette longue stérilité de la reine pose rapidement le problème de la succession. Le 3 novembre 1637, la Sainte-Vierge apparaît au frère Fiacre, qui est en prière dans l'église de son couvent, pour lui annoncer qu'Anne d'Autriche serait bientôt mère.

Elle l'invite à porter cette nouvelle à la reine et à l'engager à faire des séries de prières pendant neuf jours. Les circonstances de cette apparition ont été consignées, le lendemain 4 novembre, dans les archives du couvent. Ce document, signé par tous les religieux de l'ordre, présents à la déclaration du frère Fiacre, est resté intact jusqu'à la Révolution. Rapidement, la promesse de la mère du Christ se réalise. Anne d'Autriche sent tressaillir en son sein l'enfant qui sera un grand roi. A la demande de la reine, Louis XIII ordonne au frère Fiacre et son supérieur, le père Jean Chrysostôme, de se rendre à Cotignac et d'y accomplir le vœu de la reine.

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La venue de Louis XIV

Louis XIV au moment de son voyage en provence

1660, le roi doit se rendre à St-Jean-de-Luz pour épouser l'infante d'Espagne. A l'occasion de ce voyage, il décide de passer par Cotignac, pour rendre grâce à la vierge de sa naissance. Après avoir passé une journée à Toulon et une nuit à Belgentier, Louis XIV arrive à Notre-Dame-de-Grâces le 21 février. Le roi est accompagné de la reine-mère, Anne d'Autriche, de son frère le duc d'Anjou et de Mademoiselle, fille aînée du duc d'Orléans.

Arrivés en l'église le roi et sa mère se prosternent devant le Saint-Sacrement, le temps de quelques prières. C'est avec beaucoup d'émotion que la reine mère contemple l'image de la Sainte-Vierge représentée sur le tableau de la révélation, derrière l'autel. Louis XIV dépose le cordon bleu dont il est vêtu aux pieds de la Sainte-Vierge. Avant de s'éloigner de Notre-Dame-de-Grâces, le roi accepte la collation que les consuls ont fait préparer. Il a un long voyage à faire.

Intérieur ND de Grâce

Le 1er janvier 1684, prévoyant sa fin prochaine, le frère Fiacre adresse une requête à Louis XIV. Permettre à ses supérieurs de faire porter son cœur, après son décès, en l'église des révérends pères de l'Oratoire de Notre-Dame-de-Grâces, à Cotignac. Le frère Fiacre meurt le 10 février de la mème année. Louis XIV réalise ce souhait. Les pères Léon et Cirile arrivent à Notre-Dame-de-Grâces le 7 mai avec le cœur du frère Fiacre dans une boîte de plomb. Après avoir célébré la messe, le cœur est déposé sur une table placée au milieu de l'église. Au terme des prières usitées lors des enterrements, il est déposé sous le marchepied de l'autel de la Vierge.

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Le frère Fiacre dont la mémoire est vénérée à Cotignac, est toujours considéré comme l'un des saints protecteurs de la ville.

Le 1er janvier 1684, prévoyant sa fin prochaine, le frère Fiacre adresse la lettre suivante à Louis XIV "Sire, le pauvre frère Fiacre, religieux Augustin déchaussé des Petits-Pères du couvent de Paris, supplie très humblement votre sacrée majesté, de permettre à ses supérieurs de faire porter son cœur, après son décès, en l'église des révérends pères de l'Oratoire de Notre-Dame-de-Grâces, à Cotignac, en Provence, pour être mis et posé au-dessous le marche-pied de l'autel de la très Sainte-Vierge, en actions de grâces de l'heureuse naissance de votre Majesté, et il prie notre Seigneur pour elle en reconnaissance de cette faveur, s'il lui plaît de l'accorder à ses supérieurs". Fait à Paris, ce 1 janvier 1684, F. Fiacre, de Sainte-Marguerite, augustin déchaussé.

Le frère Fiacre meurt le 10 février de la mème année. Sa lettre est portée au roi par le prieur des Augustins déchaussés. Louis XIV lui dit "Vous avez perdu un grand serviteur de Dieu, je donnerai mes ordres pour qu'on porte son cœur à Notre-Dame-de-Grâces".

Et, en effet, il adressa aux Pères de l'Oratoire, une lettre publiée pour la première fois, en 1722, par l'auteur de la vie du frère Fiacre :

"Chers et bien amés, ayant été informé que le frère Fiacre, religieux Augustin déchaussé du couvent de notre bonne ville de Paris, décédé depuis peu, a témoigné, par sa disposition et dernière volonté, désirer que son cœur fut porté dans votre église, pour y être sous le marchepied de l'autel de la SainteVierge, nous vous écrivons cette lettre pour vous dire que notre intention est que vous ayiez à recevoir le cœur dudit frère Fia· cre, qui vous doit être porté par deux religieux de son ordre, pour le mettre au lieu qu'il a destiné à cet effet, car tel est notre plaisir". Donné à Versailles, le 28 février 1684, signé : Louis et plus bas Colbert.

Le roi remet cette lettre aux Pères Léon et Cirile. Les deux religieux augustins arrivent à Notre-Dame-de-Grâces le 7 mai. Après avoir célébré la messe, ils se placent à l'entrée de l'église, le père Léon avec la lettre de cachet du roi, et son compagnon portant, sur un voile noir, le cœur du frère Fiacre enchâssé dans une boîte de plomb. Le supérieur de la maison, en chape noire, précédé de sa communauté, part de la sacristie au son des cloches. Arrivé auprès du Père Léon, il s'arrête. Ce dernier, avant de lui remettre la lettre de Sa Majesté, fait, sur sa mission, un discours fort édifiant auquel le supérieur répondit avec beaucoup de justesse. Puis la communauté s'avance vers l'autel, le cœur est déposé sur une table placée au milieu de l'église et après les prières usitées dans les enterrements, il est mis sous le marchepied de l'autel de la Vierge.

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L'apparition de St-Joseph

Source miraculeuse de St Joseph

Dans les premiers jours du mois de juillet 1660, un jeune berger, nommé Gaspard Ricard, éprouve une grande soif alors qu'il garde son troupeau dans les collines à l'ouest de Cotignac. Sa gourde est vide et il est loin de tout ruisseau. Dans ce moment de souffrance, il a l'heureuse inspiration de prier. A peine a-t-il fait le signe de la croix, qu'il voit apparaître un beau vieillard à la figure vénérable et douce, qui lui demande de soulever une pierre située à peu de distance et lui annonce qu'elle recouvre une source. Cette pierre semble bien lourde et Gaspard en fait l'observation, le vieillard insiste. Sans faire le moindre effort, Gaspard déplace la pierre. A la vue de l'eau qui jaillit soudainement, le jeune berger ne songe qu'à satisfaire sa soif, sans s'occuper du charitable personnage à qui il doit ce bienfait. Lorsque désaltéré il le cherche pour le remercier, le vieillard a disparu.

Le lendemain Gaspard raconte son aventure. Tous les paysans du voisinage se rendent sur les lieux. Les plus anciens du pays déclarent qu'il n'y a jamais eu de source dans cette partie de la montagne. Gaspard en est certain, ce vieillard secourable ne peut être que saint Joseph. Il se jette à genoux et adresse des prières à l'époux de Marie. Toutes les personnes qui l'accompagnent se prosternent comme lui, avant de parcourir le pays, pour annoncer le miracle réalisé par saint Joseph.

Très rapidement, une foule nombreuse se rend à la fontaine miraculeuse. Quelques commerçants habiles décident d'établir des cabarets non seulement à Saint-Joseph, mais aussi à Notre-Dame-de-Grâces, où les pèlerins ne manquent pas d'aller. L'idée s'avère très intéressante, cependant, comme chacun prétend à la meilleure place, la situation génére rapidement des disputes. Le conseil municipal délibère et réglemente la situation. Les cabarets doivent payer une rente pour leur emplacement et s’approvisionner en vin de Cotignac. Le calme revient. La chapelle de la “Font de St-Joseph” est bâtie, par la suite, grâce aux aumônes laissées par les milliers de visiteurs.

Monastere La_Font Saint Joseph du Bessillon

Dans le détail

Autour du cabaret

Conseil municipal du 22 août 1660.

"Auquel conseil MM. les consuls ont représenté, nous apprend le greffier Gérard, qu'il y a plusieurs habitants du lieu qui, en désordre, vont faire cabaret à Notre-Dame-de-Grâces et à la font de saint Joseph, lesquels par la jalousie se battent entr'eux et finissent se disant cent mille mots et font scandale à tous ceux qui y viennent en dévotion, lesquels les font même rançonner et payer extraordinairement plus que les choses ne valent, estant une vraie coucussion, qui est cause que tous les étrangers qui y viennent, s'en plaignent et nous blament de les souffrir et de ce que nous n'y mettons pas ordre, à quoi le conseil doit pourvoir".

Le conseil délibère et décide, en effet, que le droit d'établir des cabarets à Notre-Dame et à SaintJoseph, sera mis aux enchères publiques. Parmi les conditions de cette location :

  1. Payer une rente annuelle fixée par le dernier enchérisseur.
  2. S'approvisionner du vin, du pain et de l'huile à Cotignac sous peine de cinquante livres, par contravention.
  3. Faculté de la part de la communauté de résilier la location à l'époque qu'il lui plaira sans autre, compensation, pour le locataire, que la cessation du paiement des loyers.
  4. Les cabarets seront situés à cent pas au moins de la fontaine de Saint-Joseph, ou de l'église de Notre-Dame.
  5. Les adjudicataires ne pourront s'opposer à ce que les habitants de Cotignac vendent sur les lieux du pain, du vin et des fruits, mais défense est faite à ces derniers de placer des tables sous peine de dix livres d'amende.

Ces sages dispositions ont l'avantage de créer une nouvelle ressource pour la commune. La bénédiction de l'église dédiée à Saint-Joseph a lieu, et le concours des fidèles augmente tous les jours. Aussi est-on obligé de désigner, en plus du Père Pascalis, plusieurs prêtres pour desservir cette chapelle où la messe est quotidienne.

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